Vaelor poursuivit sa progression avec une prudence redoublée.
Chaque pas était réfléchi, presque calculé comme s’il avançait sur un champ de glace invisible.
Il posait d’abord la pointe de son pied, testait la solidité du sol, puis seulement il transférait son poids.
Il évitait les branches mortes susceptibles de craquer sous son poids et prenait soin de ne pas laisser de traces inutiles derrière lui.
Même sa respiration semblait contrôlée, plus lente, plus discrète.
La forêt, pourtant vaste et vivante, semblait retenir son souffle.
Les arbres se dressaient comme des silhouettes immobiles, et même les insectes s’étaient tus, comme si quelque chose avait étouffé toute forme de vie sonore.
Vaelor n’aimait pas ce silence.
Il le connaissait.
Dans son ancienne vie, il avait souvent entendu dire que les endroits les plus dangereux n’étaient pas ceux où l’on entendait les prédateurs… mais ceux où plus rien n’osait faire de bruit.
Et cette forêt correspondait parfaitement à cette définition.
Sa main resta posée sur la garde de son épée.
Ses doigts ne serraient pas encore le métal, mais ils étaient prêts.
Il n'avait pas l'intention de la dégainer inutilement, mais il voulait pouvoir réagir sans perdre une seconde.
Son regard balayait constamment les alentours, cherchant le moindre détail anormal, la moindre rupture dans cette immobilité trop parfaite.
Quelques dizaines de mètres plus loin, les empreintes qu'il suivait s'arrêtèrent brusquement.
Vaelor ralentit immédiatement.
Puis il s’immobilisa.
Il fronça les sourcils, méfiant.
— …Ici ?
Il s’accroupit lentement, sans quitter les environs des yeux.
Il observa les alentours avec attention.
Aucune nouvelle trace.
Aucun signe de lutte.
Pas de branches cassées, pas de sol retourné, pas de sang.
Rien.
Comme si la personne s'était simplement volatilisée.
Vaelor passa une main sur le sol, puis recula légèrement pour mieux analyser la zone.
Il n’aimait pas ça.
Ce genre de disparition n’était jamais naturel.
Il s'accroupit de nouveau, cette fois plus près du sol.
La terre était légèrement plus dure à cet endroit, comme compactée par quelque chose d’ancien.
Il plissa les yeux.
Puis il balaya doucement le sol avec sa main, retirant les feuilles mortes une à une.
Sous cette couche organique, il découvrit plusieurs pierres plates soigneusement disposées.
Elles n’étaient pas là par hasard.
Elles formaient quelque chose.
— Elles sont trop régulières...
Sa voix était basse, presque un murmure.
Il continua de dégager la zone, plus rapidement cette fois.
Il écarta les pierres une à une, révélant peu à peu une structure enfouie.
Sous les feuilles apparaissait un ancien pavage.
Une portion de route oubliée, ensevelie par le temps et la forêt.
Vaelor resta silencieux quelques secondes.
Ce n’était pas une simple formation naturelle.
C’était une construction humaine.
Mais ancienne.
Très ancienne.
Et quelque chose attira immédiatement son attention.
Sur une des pierres était gravé un symbole presque effacé.
Un cercle entourant une épée.
Le dessin était usé par le temps, rongé par les années, au point que certaines lignes semblaient avoir disparu.
Impossible d'en distinguer tous les détails.
Vaelor se pencha davantage, plissant les yeux.
— Une ancienne borne...
Il tendit la main, sans la toucher, comme s’il craignait d’altérer quelque chose d’important.
Puis il recula légèrement.
Il sortit son carnet de sa sacoche et l’ouvrit avec précaution.
Ses doigts étaient rapides, précis.
Il reproduisit rapidement le symbole, traçant les lignes avec une concentration totale.
Chaque détail comptait.
Peut-être que la Guilde saurait à quoi il correspondait.
Peut-être même que cela expliquerait la disparition des empreintes.
Alors qu'il terminait son croquis...
Une voix retentit.
— Tu dessines bien.
Vaelor se retourna d'un bond.
Son épée quitta instantanément son fourreau.
À une dizaine de mètres de lui se tenait un homme vêtu d'une vieille cape verte.
Il paraissait avoir une cinquantaine d'années.
Un arc reposait dans son dos.
Un couteau pendait à sa ceinture.
Son visage portait les marques de nombreuses années passées dans la nature.
Pourtant...
Vaelor ne l'avait absolument pas entendu approcher.
L'homme leva lentement les deux mains.
— Du calme.
— Qui êtes-vous ?
— La question est plutôt...
Un léger sourire apparut sur le visage de l'inconnu.
— Que fait un jeune aventurier seul dans cette partie de la forêt ?
Vaelor ne baissa pas sa garde.
— Une mission de la Guilde.
L'homme observa le carnet que Vaelor tenait encore.
Puis son regard se posa sur le symbole dessiné.
Son sourire disparut aussitôt.
— Où as-tu vu ça ?
Le changement de ton fut si brutal que Vaelor le remarqua immédiatement.
— Sur cette pierre.
L'inconnu s'approcha lentement.
Il s'accroupit devant la gravure.
Son visage devint soudain sérieux.
Très sérieux.
— Je pensais que toutes ces bornes avaient disparu...
Il passa doucement sa main sur la pierre.
— Cela fait des décennies que personne n'en avait retrouvé une.
Vaelor sentit sa curiosité grandir.
— Vous savez ce que représente ce symbole ?
L'homme resta silencieux quelques instants.
Puis il se releva.
— Je sais seulement qu'il est très ancien.
Il observa Vaelor.
— Et je sais aussi que certaines personnes seraient prêtes à tuer pour empêcher qu'on le retrouve.
Ces paroles firent naître un frisson dans le dos du jeune aventurier.
Le vieil homme soupira.
— Écoute-moi bien.
Il désigna les profondeurs de la forêt.
— Si tu entends plusieurs sifflements courts... cours vers la route.
— Pourquoi ?
L'homme tourna lentement la tête.
Comme s'il venait de percevoir quelque chose.
— Parce que tu ne seras plus le seul à avoir trouvé cette pierre.
Au même instant...
Un sifflement retentit au loin.
Puis un deuxième.
Le visage du vieil homme se crispa.
— Trop tard...
Sans attendre une seconde de plus, il décrocha son arc.
Vaelor sentit son cœur accélérer.
Quelqu'un arrivait.
Et cette fois...
Il était certain qu'il ne s'agissait pas d'un simple voyageur.
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