Le système d'ascension

Chapitre 19 — Le rapport de mission

Le soleil commençait à décliner lorsque Vaelor reprit le chemin de la ville.

Il ralentit légèrement son pas, laissant son regard parcourir les ombres qui s’allongeaient entre les arbres.

— Trop calme… murmura-t-il pour lui-même.

Il ne quitta pas la forêt immédiatement.

Par prudence, il fit un large détour, revenant sur ses propres traces pour s’assurer qu’aucun mouvement suspect ne le suivait. Chaque craquement de branche, chaque souffle de vent entre les feuillages lui semblait suspect depuis l’attaque.

Après l'attaque, il continua sa mission avec une vigilance accrue, vérifiant chaque portion de l'ancienne route commerciale.

Il s’arrêtait régulièrement, s’agenouillait près du sol, observait les marques laissées dans la terre.

— Ici… des sabots. Non… trop légers.

Il fronça les sourcils, comparant mentalement les empreintes.

Plusieurs ponts étaient effondrés.

Il s’approcha de l’un d’eux, observant les planches brisées qui pendaient au-dessus du vide.

— Trop récent pour être naturel…

murmura-t-il en touchant le bois éclaté.

Des arbres déracinés bloquaient certains passages.

Il posa la main sur un tronc couché, évaluant la force nécessaire pour l’avoir arraché.

— Quelqu’un… ou quelque chose d’énorme.

En revanche, il ne retrouva aucune trace des hommes masqués.

Il s’arrêta longuement, scrutant les alentours.

Aucune empreinte fraîche. Aucun signe de retraite précipitée. Même les zones où il les avait affrontés semblaient avoir été nettoyées par le temps ou par une volonté délibérée.

— Ils ont disparu sans laisser de traces…

Comme s'ils s'étaient évaporés.

Cette pensée le fit serrer légèrement les dents.

Après plusieurs heures d'observation, il jugea avoir réuni suffisamment d'informations.

Il referma son carnet avec calme, rangea son stylo dans sa poche et expira lentement.

— Ça suffira pour aujourd’hui.

Il jeta un dernier regard à la forêt, comme s’il espérait qu’elle lui rende une réponse.

Mais seul le vent lui répondit.

Il était temps de rentrer.

Les lourdes portes de la ville étaient encore ouvertes lorsqu'il franchit les remparts.

Les gardes lui adressèrent un simple signe de tête.

Vaelor leur répondit avant de se diriger directement vers la Guilde des aventuriers.

À cette heure de la journée, l'établissement était particulièrement animé.

Des groupes d'aventuriers racontaient leurs exploits autour des tables.

D'autres venaient déposer les trophées rapportés de leurs missions.

Le brouhaha emplissait la grande salle.

Vaelor se dirigea vers le comptoir.

La réceptionniste releva les yeux en le voyant approcher.

— Déjà de retour ?

— Oui.

Elle prit le contrat.

— Alors ? Cette vieille route est toujours aussi abandonnée ?

Vaelor réfléchit quelques secondes.

— Pas exactement.

Le sourire de la jeune femme disparut.

— Expliquez-moi.

Vaelor sortit son carnet.

Il commença par décrire l'état de la route :

les portions encore praticables ; les passages détruits ; les zones envahies par la végétation.

Puis il parla des empreintes.

Des anciennes bornes.

Enfin...

Des hommes armés.

La réceptionniste cessa immédiatement d'écrire.

— Vous avez été attaqué ?

— Oui.

— Combien étaient-ils ?

— Trois.

— Blessés ?

— Aucun.

Elle fronça les sourcils.

— Et vous êtes revenu sans blessure...

Vaelor hocha simplement la tête.

Il ne voyait pas ce qu'il y avait d'étonnant à tout cela. Pour lui, ce n’était qu’un rapport de plus, une mission terminée comme une autre. Rien de plus.

La jeune femme, cependant, ne partageait visiblement pas ce calme. Elle échangea un regard rapide avec l’homme de la Guilde avant de lever la main et d’appeler aussitôt un agent plus haut gradé.

Un homme entra dans la salle quelques instants plus tard. Il portait l’insigne argenté de la Guilde, signe clair d’un aventurier expérimenté ou d’un superviseur de terrain. Son pas était assuré, son regard déjà concentré sur le dossier qu’on lui tendait.

— C’est lui ? demanda-t-il en désignant Vaelor sans même le regarder directement.

— Oui, confirma la réceptionniste. Rapport de mission sur l’ancienne route forestière.

L’homme prit le document et commença à le parcourir rapidement, ligne après ligne. Son expression resta neutre au début, presque indifférente.

Mais lorsqu’il arriva au passage concernant la borne gravée, quelque chose changea immédiatement dans son regard.

Il s’arrêta net.

Ses yeux revinrent sur la phrase, comme s’il voulait s’assurer de ne pas avoir mal lu.

— Vous êtes certain de ce symbole ? demanda-t-il enfin, d’une voix plus basse, plus grave.

Vaelor, qui observait la scène sans comprendre l’agitation soudaine, sortit calmement son carnet de sa poche.

Il l’ouvrit à la page concernée et le tendit sans un mot.

Le dessin était précis. Trop précis pour être une simple approximation.

L’homme fixa le croquis longuement.

Le silence s’installa.

Autour d’eux, le bruit de la Guilde continua, mais comme étouffé, lointain.

Puis, lentement, l’homme referma le carnet et le rendit à Vaelor.

Son visage s’était durci.

— Ce rapport ne sera pas affiché avec les autres, déclara-t-il.

Vaelor fronça légèrement les sourcils.

— Pourquoi ?

L’homme hésita une fraction de seconde, comme s’il pesait ses mots.

— Parce qu’il concerne peut-être une affaire plus importante que vous ne l’imaginez.

Vaelor sentit immédiatement sa curiosité s’éveiller, plus vive qu’il ne l’aurait voulu. Ce n’était pas seulement une mission étrange… c’était quelque chose de plus profond. De plus ancien.

Il ouvrit la bouche pour poser une autre question, mais l’homme le devança.

— Pour le moment, oubliez cette histoire, dit-il fermement. Continuez vos missions normalement.

Il marqua une pause, puis ajouta :

— Si nous avons besoin de vous… nous vous convoquerons.

Le ton ne laissait aucune place à la discussion.

Vaelor comprit qu’il n’obtiendrait aucune explication supplémentaire. Pas ici. Pas maintenant.

Il referma donc son carnet sans insister.

— Très bien, répondit-il simplement.

Il récupéra sa récompense sans un mot de plus.

Une petite bourse de pièces tinta légèrement dans sa main lorsqu’il la prit. Quelques points de réputation furent également enregistrés par la Guilde, validant officiellement la mission.

Puis, alors qu’il s’apprêtait à quitter le comptoir, le Système apparut devant lui.

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Quête accomplie

Les anciennes routes forestières

Récompenses :

Expérience obtenue. Réputation auprès de la Guilde augmentée. Récompense bonus : rapport complet remis.

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Une seconde fenêtre apparut presque aussitôt.

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Condition spéciale remplie.

Vous avez découvert un indice jugé important par la Guilde.

Les récompenses futures liées à cette affaire ont été débloquées.

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Vaelor observa la notification.

— Pas de nouvelle compétence...

murmura-t-il.

Il s'en doutait.

Le Système ne révélait jamais tout immédiatement.

En quittant la Guilde, la nuit était tombée.

Les rues étaient éclairées par les lanternes, projetant des halos orangés sur les pavés humides. Le vent du soir faisait grincer les enseignes suspendues, et les commerçants commençaient à fermer leurs boutiques en tirant les volets de bois.

Vaelor prit tranquillement le chemin de la maison, les mains dans les poches, l’esprit encore occupé par les événements de la journée. Il repassait mentalement chaque détail de l’embuscade, cherchant ce qu’il aurait pu remarquer plus tôt.

En poussant la porte de la forge, il fut accueilli par la chaleur familière du foyer et l’odeur du métal et du charbon. Marcus était en train de ranger les outils, essuyant une lame avec un chiffon épais.

Son père leva les yeux dès qu’il entendit la porte.

— Alors ?

Vaelor referma derrière lui et s’approcha sans précipitation. Il posa sa bourse sur la table en bois, le bruit des pièces résonnant légèrement.

— Mission terminée.

Marcus s’arrêta un instant, puis un sourire discret se dessina sur son visage.

— Et tu es revenu entier.

Vaelor haussa légèrement les épaules.

— C'était plus compliqué que prévu.

Marcus posa l’outil qu’il tenait et s’appuya contre l’établi.

— Raconte.

Vaelor hésita une seconde, puis commença à décrire la route. Les tronçons effondrés, les passages bloqués, la végétation qui avait repris ses droits. Il parlait calmement, mais son regard se durcissait légèrement lorsqu’il évoquait les hommes masqués.

— Ils étaient trois, dit-il. Bien organisés. Pas des bandits ordinaires.

Marcus fronça les sourcils.

— Des mercenaires ?

— Peut-être. Ils ne parlaient pas beaucoup. Ils m’ont attaqué dès qu’ils m’ont vu.

Il marqua une pause, puis ajouta :

— Ils semblaient surtout vouloir m’empêcher d’avancer, pas me tuer.

Marcus croisa les bras, pensif.

— Et tu les as repoussés seul ?

— Oui.

Un silence s’installa dans la pièce, seulement troublé par le crépitement du feu.

Vaelor continua ensuite sur la borne gravée, sans entrer dans les détails du symbole. Il se contenta de dire qu’il avait trouvé quelque chose d’ancien, probablement lié à la route.

En revanche, il garda pour lui le fonctionnement du Système et les notifications qu’il recevait. Ce genre de chose n’avait pas sa place dans une conversation, pas encore.

Marcus resta pensif un long moment, le regard perdu dans les flammes de la forge.

— Fais attention, finit-il par dire d’une voix plus grave.

Vaelor releva les yeux.

— Pourquoi ?

Marcus soupira légèrement.

— Parce que ce genre d’hommes n’attaque pas un simple aventurier par hasard. S’ils t’ont pris pour cible, c’est qu’ils savaient ce que tu faisais là-bas… ou ce que tu pouvais découvrir.

Vaelor acquiesça lentement, sans répondre immédiatement.

Il comprenait parfaitement le sens de ses mots.

Et pour la première fois depuis son retour, il sentit un léger poids s’installer dans sa poitrine.

— Je ferai attention, dit-il finalement.

Marcus hocha la tête, mais son regard restait inquiet.

Il partageait le même sentiment.

Cette mission n'était sans doute que le début de quelque chose de bien plus grand.

Avant de se coucher, il ouvrit une dernière fois son interface.

Son regard se posa sur son immense réserve d'expérience.

Il aurait pu dépenser une partie de cette XP dès maintenant.

Pourtant...

Il referma la fenêtre.

— Pas encore...

Chaque amélioration devait avoir un objectif.

Et tant qu'il ne savait pas quel ennemi l'attendait, il préférait conserver son avantage.

Dans le silence de sa chambre, une seule pensée occupait son esprit.

Pourquoi une simple borne oubliée avait-elle attiré autant d'attention ?

Et surtout...

Qui étaient réellement ces hommes masqués ?

La réponse semblait désormais liée à un passé que personne ne voulait voir ressurgir.

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