Les jours suivants s'écoulèrent avec une étonnante tranquillité.
Aucune nouvelle concernant les anciennes routes.
Aucune convocation de la Guilde.
Aucun signe des hommes masqués.
Comme si tout ce qui s'était passé n'avait été qu'un mauvais rêve.
Pourtant, Vaelor savait que ce n'était pas le cas.
Chaque matin, il travaillait à la forge aux côtés de Marcus.
Son père lui confiait désormais des tâches de plus en plus complexes.
Façonner une garde.
Rectifier l'équilibre d'une lame.
Compétence Forge : Niveau 15 (Apprenti) — 12% → 13%
Réparer des outils agricoles usés par les saisons.
Compétence Forge : Niveau 15 (Apprenti) — 13% → 15%
— Tu vois cette fissure ? demanda Marcus en lui montrant une vieille hache.
Vaelor observa attentivement.
— Elle est presque invisible.
Marcus hocha la tête.
— C'est justement pour ça qu'elle est dangereuse.
Il lui tendit l'outil.
— Si tu ne l'avais pas vue, cette hache aurait pu se briser entre les mains de son propriétaire.
Vaelor examina de nouveau le métal.
Cette fois, il remarqua une légère variation dans les reflets de la lame.
— Je comprends.
Marcus esquissa un sourire satisfait.
— Un bon forgeron ne regarde pas seulement le métal.
— Il apprend à lire ce qu'il lui raconte.
Vaelor grava mentalement cette phrase.
Chaque conseil de son père valait autant qu'une leçon.
Compétence Forge : Niveau 15 (Apprenti) — 15% → 17%
L'après-midi, il acceptait régulièrement de petits contrats à la Guilde.
Livraison de marchandises.
Récolte de plantes rares.
Élimination de quelques nuisibles près des fermes.
Des missions simples.
Mais chacune lui apprenait quelque chose.
Les anciens aventuriers commencèrent à remarquer sa régularité.
— C'est encore le gamin de la forge.
— Celui qui termine toujours ses missions à temps ?
— Oui, lui.
— Pas très bavard... mais sérieux.
Vaelor entendait parfois ces remarques.
Il n'y prêtait pas vraiment attention.
La réputation ne se construisait pas avec des paroles.
Elle se construisait avec des actes.
En fin d'après-midi, alors qu'il rapportait une mission de collecte d'herbes médicinales, la réceptionniste lui adressa un sourire.
— Encore un contrat parfaitement rempli.
Vaelor posa calmement son sac sur le comptoir.
— Rien de compliqué.
— Peut-être... mais beaucoup abandonnent ce genre de mission en cours de route.
Elle consulta rapidement son registre.
— Depuis ton inscription, tu n'as échoué à aucune mission.
Vaelor resta silencieux.
Pour lui, terminer ce qu'il commençait était naturel.
La jeune femme lui remit sa récompense.
— Continue comme ça.
Tu commences à te faire un nom.
Il esquissa un léger sourire.
— Un petit nom.
— Tous les grands aventuriers ont commencé par là.
En quittant la Guilde, Vaelor remarqua un attroupement devant le tableau des contrats.
Des aventuriers discutaient avec animation, leurs voix se mêlant dans un brouhaha tendu qui contrastait avec l’ordinaire agitation de la Guilde.
— Encore une caravane attaquée, lança l’un d’eux en frappant du poing dans sa paume, visiblement agacé.
— Cette fois, c’était plus au nord, répondit un autre en secouant la tête. On dirait que ça s’étend.
— Ils n’ont retrouvé que les chariots… et encore, à moitié brûlés.
Un silence bref suivit cette dernière phrase, comme si chacun mesurait la gravité de la situation.
Ces paroles attirèrent immédiatement son attention.
Vaelor ralentit légèrement le pas, sans pour autant s’approcher davantage. Il resta en retrait, adossé à un pilier de bois, feignant de ne pas écouter tout en captant chaque mot avec précision.
Il se contenta d’écouter.
Les attaques semblaient se multiplier.
Ce n’était plus un incident isolé, ni même une simple coïncidence. Les récits se ressemblaient trop, les zones touchées s’élargissaient trop vite. Quelque chose, ou quelqu’un, organisait ces attaques avec une régularité inquiétante.
Et pourtant...
La Guilde n’avait publié aucune mission concernant ces incidents.
Aucune demande d’escorte renforcée. Aucune chasse aux responsables. Aucune alerte officielle sur le tableau des contrats.
Rien.
Le silence était presque plus inquiétant que les attaques elles-mêmes.
Étrange.
Très étrange.
Vaelor fronça légèrement les sourcils. Dans son esprit, les pièces commençaient à s’assembler sans encore former une image claire. Une Guilde qui se tait face à des attaques répétées… ce n’était pas normal. Pas même pour une ville aussi grande que celle-ci.
Il jeta un regard discret vers le tableau des missions.
Toujours les mêmes annonces banales. Des livraisons, des escortes de marchands, quelques chasses à des bêtes mineures.
Comme si le monde extérieur n’était pas en train de se fissurer un peu plus chaque jour.
— Ils cachent quelque chose… murmura-t-il pour lui-même.
Marcus, qui rangeait des outils derrière le comptoir, leva brièvement les yeux.
— Tu as dit quelque chose ?
Vaelor secoua la tête.
— Non. Rien d’important.
Mais son regard, lui, ne quittait pas la Guilde.
Le soir venu, alors que la lumière du jour s’éteignait lentement sur les toits de la ville, Vaelor aidait Marcus à fermer la forge.
Le métal encore chaud diffusait une odeur familière, mélange de charbon et d’huile. Les gestes étaient simples, presque mécaniques : ranger les pinces, éteindre les braises, verrouiller la porte.
C’était un moment calme.
Trop calme.
Puis, soudain, le bruit des sabots déchira l’atmosphère.
Trois cavaliers franchirent les portes de la ville au galop.
Leurs montures étaient couvertes de poussière, leurs flancs trempés de sueur. Les chevaux semblaient avoir été poussés bien au-delà de leurs limites.
Les cavaliers, eux, n’étaient guère en meilleur état.
Leurs vêtements portaient plusieurs entailles, certaines encore tachées de sang séché. L’un d’eux tenait son bras contre son corps, comme s’il était blessé.
Les gardes ouvrirent immédiatement le passage sans poser de questions.
Il n’y avait pas besoin d’explication.
Leur urgence parlait pour eux.
Sans même ralentir, les cavaliers se dirigèrent droit vers la Guilde.
Marcus observa la scène quelques secondes, les bras croisés.
— Ceux-là ne reviennent pas d'une promenade.
Sa voix était grave, presque résignée.
Vaelor acquiesça lentement.
— Non… ils ont fui quelque chose.
Il sentit un léger frisson lui parcourir l’échine.
Quelque chose venait de se produire.
Et ce quelque chose n’était pas mineur.
Quelques minutes plus tard, la grande cloche de la Guilde retentit.
Une fois.
Puis une deuxième.
Le son résonna dans toute la ville, grave et autoritaire, comme un appel impossible à ignorer.
Tous les aventuriers présents dans les rues s’arrêtèrent net.
Les conversations cessèrent.
Même les marchands levèrent la tête.
Marcus regarda son fils, le visage plus sérieux qu’à l’accoutumée.
— Cette cloche...
Il marqua une courte pause.
— On ne la fait sonner que lorsqu'une mission urgente va être annoncée.
Vaelor sentit son cœur accélérer.
Le bruit de la cloche semblait encore vibrer dans sa poitrine.
Sans même s'en rendre compte, il serra légèrement le poing.
Était-ce enfin la mission dont parlait la lettre secrète ?
Ou un tout autre événement, encore plus grave qu’il ne l’imaginait ?
Quoi qu'il en soit...
Le calme des derniers jours venait de prendre fin.
Et une nouvelle page de son aventure s'apprêtait à s'écrire.
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