Le système d'ascension

Chapitre 22 — L'appel de la Guilde

La seconde sonnerie résonna encore quelques instants dans l’air froid du matin avant de s’éteindre lentement, laissant place à un silence lourd et inhabituel sur la place centrale.

Tous les regards convergèrent vers le bâtiment de la Guilde, massif et familier, dont les portes grandes ouvertes semblaient avaler les aventuriers qui affluaient de toutes les rues de la ville.

Certains arrivaient encore en ajustant leur armure à la hâte, d’autres portaient des sacs à moitié fermés ou des armes mal fixées. Plusieurs avaient clairement interrompu leur repas ou leur repos pour répondre à l’appel.

Même les marchands des étals voisins s’étaient arrêtés, les mains suspendues dans leurs gestes, observant la scène avec une curiosité mêlée d’inquiétude.

Marcus posa une main ferme sur l’épaule de son fils.

— Vas-y.

Sa voix était simple, mais chargée d’une confiance silencieuse.

Vaelor acquiesça sans hésiter.

— Je reviendrai dès que ce sera terminé.

Marcus le fixa un instant, comme pour graver ces mots dans sa mémoire.

— Ne prends pas de risques inutiles.

— Je m’en souviendrai.

Il n’ajouta rien de plus. Il tourna les talons et prit aussitôt la direction de la Guilde, se fondant dans le flot des aventuriers.

À l’intérieur, la grande salle était méconnaissable.

Habituellement bruyante, animée de rires, de disputes et de verres qui s’entrechoquent, elle était devenue un lieu tendu, presque solennel.

Des dizaines d’aventuriers attendaient devant l’estrade, alignés sans ordre précis mais sans désordre non plus. Les conversations existaient encore, mais réduites à des murmures prudents.

Vaelor se plaça instinctivement au fond de la salle.

Comme à son habitude.

Il préférait observer avant d’agir, comprendre avant de se faire remarquer.

Quelques minutes passèrent dans cette tension silencieuse, jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre derrière l’estrade.

Un homme d’une cinquantaine d’années fit son apparition.

Grand, droit malgré son âge, les cheveux grisonnants coupés court, et une cicatrice nette traversant sa joue gauche.

Son simple regard suffit à imposer le silence.

Le maître de Guilde.

Il balaya la salle lentement, prenant le temps d’observer chaque groupe, chaque visage.

Puis il prit la parole.

— Merci d’être venus aussi rapidement.

Sa voix était calme, posée, mais portait sans effort jusqu’au fond de la salle.

— Depuis une semaine, plusieurs caravanes commerciales ont disparu sur les routes reliant notre ville aux villages voisins.

Un murmure inquiet parcourut immédiatement les aventuriers.

Le maître de Guilde leva une main.

Le silence revint aussitôt, presque discipliné.

— Les premières enquêtes laissaient penser à des attaques de bandits.

Il marqua une courte pause, laissant ses mots s’installer.

— Nous savons désormais que ce n’est pas le cas.

Cette phrase fit naître une tension plus lourde encore.

— Les survivants décrivent des individus parfaitement organisés.

Ils attaquent vite.

Avec précision.

Ils ne pillent pas systématiquement les marchandises.

Et disparaissent avant même l’arrivée des renforts.

Un aventurier au premier rang leva la main.

— Des mercenaires ?

Le maître de Guilde secoua légèrement la tête.

— Nous l’ignorons encore.

Un autre enchaîna aussitôt :

— Combien sont-ils ?

Cette fois, le regard du maître de Guilde se fit plus grave.

— Suffisamment pour représenter une menace sérieuse.

Il se détourna ensuite vers une table placée sur l’estrade et y déroula une grande carte.

Plusieurs points rouges y étaient déjà marqués.

— Voici les lieux des différentes attaques.

Vaelor s’avança légèrement du regard, sans bouger de sa place.

Il observa attentivement.

Et très vite, un détail attira son attention.

Les points rouges formaient une ligne.

Pas un hasard dispersé.

Une trajectoire.

Comme s’ils suivaient un ancien itinéraire oublié.

Le même axe que la route forestière qu’il avait explorée quelques jours plus tôt.

Son expression ne changea pas.

Mais dans son esprit, une certitude silencieuse s’installa.

Ce n’était pas une coïncidence.

Le maître de Guilde poursuivit.

— Nous allons former plusieurs équipes.

Chaque groupe sera chargé d’explorer une portion différente des routes commerciales.

Il posa ses deux mains sur la table, appuyant légèrement son poids.

— Votre mission n’est pas de livrer bataille.

Elle est d’observer.

De protéger les civils si nécessaire.

Et de nous rapporter un maximum d’informations.

Son regard se durcit légèrement.

— Si vous tombez sur ces individus et qu’ils sont trop nombreux…

Il marqua une pause volontaire.

— Repliez-vous immédiatement.

Un silence surpris s’installa.

— Votre vie vaut plus qu’une cargaison.

Cette fois, plusieurs aventuriers échangèrent des regards discrets.

Entendre un maître de Guilde recommander explicitement la retraite était rare.

Trop rare.

Et cela suffisait à mesurer la gravité de la situation.

Un responsable de la Guilde s’avança alors avec une liste en main.

— Je vais appeler les équipes.

Les noms commencèrent à résonner dans la salle.

Chaque groupe était formé avec soin, mélangeant vétérans expérimentés et aventuriers plus jeunes.

— Équipe trois…

Les appels s’enchaînaient, rythmés par le grattement du stylet sur le parchemin.

Puis vint le tour de Vaelor.

— Vaelor Asteran.

Plusieurs têtes se tournèrent immédiatement vers lui.

Un murmure discret s’éleva.

— Ah… le fils du forgeron.

Vaelor ne réagit pas.

Il s’avança simplement.

Le responsable continua :

— Kael Dorn.

— Lyria Ventis.

— Frère Eamon.

— Borik Hald.

Les cinq aventuriers se regardèrent brièvement.

Aucun ne semblait vraiment familier avec les autres.

Et pourtant, dès le lendemain, ils devraient avancer ensemble, se couvrir mutuellement, et peut-être survivre uniquement grâce à leur capacité à se faire confiance.

Le maître de Guilde conclut la réunion d’une voix plus ferme.

— Les équipes partiront à l’aube.

Préparez votre équipement.

Reposez-vous.

Et souvenez-vous…

Il balaya la salle du regard une dernière fois.

— Cette mission ne consiste pas à devenir des héros.

Elle consiste à ramener tout le monde vivant.

Un silence respectueux suivit ses mots.

Puis la salle commença lentement à se vider.

Vaelor resta quelques instants immobile devant la carte.

Les points rouges formaient toujours cette ligne étrange.

Et plus il la fixait…

Plus il avait l’impression qu’elle ne se contentait pas de relier des lieux.

Elle menait quelque part.

Vers quelque chose.

Ou vers quelqu’un.

Quelque chose que l’on cherchait à protéger.

Ou à cacher.

Avant de quitter la Guilde, il sentit un regard posé sur lui.

Il se retourna.

Le maître de Guilde l’observait depuis l’estrade.

Leurs regards se croisèrent un instant.

Puis le vieil homme hocha légèrement la tête.

Un geste presque imperceptible.

Comme une attente.

Ou une reconnaissance silencieuse.

Sans un mot, Vaelor quitta le bâtiment.

Dehors, l’air semblait plus froid qu’à son arrivée.

Demain, il partirait pour sa première véritable mission en équipe.

Et sans encore le savoir…

Il venait de faire le premier pas vers un destin bien plus vaste que celui d’un simple aventurier.

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