Le système d'ascension

Chapitre 23 — Une équipe inattendue

L'aube n'avait pas encore complètement dissipé l'obscurité lorsque Vaelor arriva devant la Guilde.

La cour était déjà pleine d'activité.

Des chevaux étaient sellés.

Des charrettes recevaient les dernières provisions.

Des aventuriers vérifiaient une dernière fois leurs armes ou ajustaient leurs armures.

L'atmosphère était bien différente de celle des missions ordinaires.

Cette fois, personne ne plaisantait.

Tous avaient conscience de partir vers une menace encore mal connue.

Vaelor ajusta le baudrier qui maintenait son épée.

Il observa silencieusement les autres équipes qui se formaient peu à peu.

— Vaelor !

Il tourna immédiatement la tête, instinctivement, comme si son corps avait reconnu l’appel avant même que son esprit ne l’analyse.

Un homme d’une trentaine d’années s’approchait d’un pas assuré, fendant la foule des aventuriers avec une aisance évidente. Il n’avait pas besoin de forcer le passage : les autres s’écartaient naturellement sur son chemin.

Grand, les épaules larges, une posture droite qui trahissait l’habitude du combat, il portait une armure légère renforcée de plaques discrètes. Une barbe soigneusement taillée encadrait un visage marqué par quelques cicatrices anciennes, souvenirs de batailles passées. Dans son dos reposait une épée bâtarde, dont la garde simple mais solide semblait avoir été conçue pour durer plus que pour briller.

— Je suis Kael Dorn, dit-il en arrivant à sa hauteur.

Il s’arrêta juste assez près pour ne pas envahir l’espace de Vaelor, mais suffisamment pour imposer sa présence.

Sans hésiter, il tendit la main.

— On dirait qu’on va devoir travailler ensemble.

Vaelor observa la main une fraction de seconde, puis la serra fermement. Sa poigne était stable, sans agressivité, mais loin d’être hésitante.

— Vaelor Asteran.

Kael hocha lentement la tête, comme s’il enregistrait l’information avec attention.

Puis un sourire en coin apparut sur ses lèvres.

— Je sais.

Vaelor haussa légèrement un sourcil, sans répondre.

Kael continua, d’un ton plus léger :

— Le fils du forgeron.

On parle un peu de toi à la Guilde.

Cette fois, Vaelor laissa passer un court silence avant de répondre, son regard se durcissant légèrement.

— Je préfère qu’on parle de mes missions que de mon père.

Kael éclata d’un léger rire, pas moqueur, plutôt franc, presque approbateur.

— J’espère que tu es aussi efficace que discret, alors.

Avant que Vaelor ne puisse répondre, une autre présence s’imposa dans leur cercle.

Une jeune femme s’approcha avec une démarche souple, presque silencieuse. Ses cheveux châtains étaient attachés en une longue queue-de-cheval qui suivait ses mouvements. Un arc long reposait dans son dos, parfaitement entretenu, et un carquois bien rempli complétait son équipement.

Mais ce qui frappait le plus, c’était son regard.

Vif. Précis. Constant.

Comme si rien ne lui échappait.

— Lyria Ventis, dit-elle simplement.

Elle inclina légèrement la tête, sans excès de politesse, mais avec une forme de respect mesuré.

— Archère.

Son regard se posa immédiatement sur Vaelor, sans détour, sans gêne. Elle l’observa quelques secondes, comme si elle évaluait une cible… ou un allié potentiel.

— C’est toi qui as remis le rapport sur les anciennes routes ?

Vaelor ne répondit pas tout de suite. Il choisit ses mots avec prudence.

— J’ai simplement fait mon travail.

Un léger sourire, presque imperceptible, apparut sur les lèvres de Lyria.

— Les gens qui disent ça sont souvent ceux qui en font le plus.

Vaelor ne réagit pas, mais son regard resta fixé sur elle, comme s’il essayait de déterminer si c’était un compliment ou une observation neutre.

Une voix plus douce, chaleureuse, vint alors briser la tension légère qui s’installait.

— J’espère surtout que personne ne sera blessé.

Un homme vêtu d’une robe blanche bordée de bleu s’approcha calmement, sans précipitation. Sa présence contrastait fortement avec celle des autres : là où Kael imposait, Lyria analysait, Vaelor observait, lui… apaisait.

Un symbole religieux pendait à son cou, simple mais soigneusement entretenu.

— Frère Eamon, se présenta-t-il avec un sourire tranquille.

— Prêtre et guérisseur.

Il joignit légèrement les mains devant lui, comme s’il saluait déjà une situation qu’il espérait éviter.

— Si tout se passe bien, vous n’aurez jamais besoin de moi.

Kael éclata de rire, cette fois plus franchement.

— Et si tout se passe mal ?

Le prêtre ne perdit pas son sourire. Il répondit avec une sérénité presque déconcertante :

— Alors je ferai de mon mieux.

Un silence bref suivit, non pas gêné, mais étrangement rassurant.

Puis le dernier membre de l’équipe arriva enfin.

On l’entendit avant de le voir vraiment.

Des pas lourds, réguliers, qui faisaient légèrement vibrer le sol.

Il était plus petit que les autres, mais sa carrure compensait largement sa taille. Massif, taillé comme un bloc de pierre, il dégageait une impression de force brute contenue.

Une barbe rousse épaisse descendait jusqu’à sa poitrine, et ses bras, nus sous des protections de cuir renforcé, semblaient capables de briser du bois sans effort.

Dans son dos reposait une énorme hache, plus proche d’une arme de bourreau que d’un outil de guerre.

— Borik Hald.

Sa voix grave était lente, mais chaque mot semblait peser lourd, comme s’il fallait de la place pour qu’il existe pleinement dans l’air.

Il croisa les bras, observant le groupe un par un.

— Tant que ça tape, ça me va.

Kael leva les yeux au ciel avec un sourire résigné.

— Voilà qui résume parfaitement Borik.

Quelques rires légers détendirent brièvement l’atmosphère, comme une respiration collective avant le départ.

C’est à ce moment-là que le responsable de la Guilde s’approcha.

Son expression était sérieuse, presque solennelle.

— Équipe trois.

Vous serez chargés d’inspecter la route nord-est.

Votre objectif est de retrouver la trace de la caravane disparue il y a trois jours.

Évitez tout affrontement inutile.

Si vous découvrez des informations importantes, votre priorité sera de revenir les transmettre.

Les cinq aventuriers acquiescèrent.

Quelques instants plus tard, ils franchirent ensemble les portes de la ville.

Le soleil commençait tout juste à illuminer les collines.

Pendant la première heure de marche, personne ne parla vraiment.

Chacun observait les autres.

Chacun évaluait ses futurs compagnons.

Finalement, Kael rompit le silence.

— Alors, Vaelor...

Depuis combien de temps es-tu aventurier ?

— Quelques semaines.

Borik haussa un sourcil.

— Quelques semaines ?

Et tu participes déjà à une mission prioritaire ?

Kael adressa un regard discret à Vaelor.

La question était légitime.

Vaelor répondit calmement.

— J'ai simplement accepté toutes les missions que la Guilde m'a confiées.

Lyria observa son visage.

Aucune fierté.

Aucune prétention.

Il énonçait un simple fait.

Frère Eamon sourit.

— Ce n'est pas le temps qui fait un bon aventurier.

C'est ce qu'il fait pendant ce temps.

Borik grogna sans répondre.

Le groupe continua sa route.

À mesure que les heures passaient, les paysages devenaient plus sauvages.

Les fermes laissèrent place aux prairies.

Puis aux premières lisières de la forêt.

Soudain, Lyria leva discrètement la main.

Tout le monde s'arrêta.

Elle s'agenouilla près du chemin.

— Regardez.

Dans la boue encore humide apparaissaient plusieurs traces de roues.

Mais elles étaient irrégulières.

Comme si un lourd chariot avait été brutalement dévié de sa trajectoire.

Vaelor s'accroupit à son tour.

Il observa le sol pendant plusieurs secondes.

Puis son regard se déplaça vers les arbres.

Une branche venait d'être sectionnée.

Le bois était encore clair.

La coupure était récente.

Il suivit lentement la direction des marques.

Puis déclara calmement :

— La caravane n'a pas quitté la route.

On l'y a forcée.

Le silence tomba sur le groupe.

Kael regarda les traces.

Puis Vaelor.

Enfin les traces à nouveau.

Il comprit que le jeune aventurier venait de remarquer un détail qui lui avait complètement échappé.

Sans dire un mot, il hocha lentement la tête.

Pour la première fois depuis leur rencontre...

Il cessa de voir en Vaelor le simple fils d'un forgeron.

Et commença à voir en lui un véritable compagnon d'expédition.

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