Le système d'ascension

Chapitre 3 — Les morts ne parlent plus

Le silence.

Après plusieurs minutes passées à observer les fenêtres du système, Vaelor finit par fermer les yeux.

— Calme-toi...

Il inspira profondément.

Tout allait beaucoup trop vite.

Quelques instants plus tôt, il vivait encore une vie totalement différente.

À présent...

Il se trouvait dans le corps d'un jeune aventurier décédé au fond d'une forêt inconnue.

Et un étrange système flottait devant ses yeux.

Il ne pouvait pas se permettre de paniquer.

Il se força à réfléchir.

— Première priorité...

Rentrer au village.

Les souvenirs de Vaelor remontèrent naturellement.

Le village d'Aster n'était qu'à une demi-journée de marche si l'on suivait le vieux chemin forestier.

Ses parents devaient déjà être morts d'inquiétude.

À cette pensée, son cœur se serra.

Ces émotions n'étaient pas entièrement les siennes...

Mais elles étaient devenues réelles.

Il se leva lentement.

Ses jambes étaient encore un peu faibles, mais elles répondaient correctement.

Il ramassa le fourreau vide de son épée.

La lame, elle, était toujours dispersée en dizaines de morceaux sur le sol.

Il contempla quelques secondes les fragments d'acier.

— Tu t'es battu jusqu'au bout...

Murmura-t-il.

Puis il s'inclina légèrement.

— Repose en paix.

Même si leurs âmes ne faisaient désormais plus qu'une, il refusait d'oublier le véritable Vaelor.

Il reprit ensuite son sac de voyage.

Les sangles étaient déchirées, mais il restait utilisable.

À l'intérieur...

Une gourde presque vide.

Quelques morceaux de viande séchée.

Une miche de pain dur.

Une couverture.

Un petit nécessaire pour allumer un feu.

Et une bourse contenant trente-sept pièces de cuivre.

— Au moins...

Je ne repars pas complètement les mains vides.

Il s'approcha ensuite du premier corps, avançant lentement comme si chaque pas pesait davantage que le précédent.

Daren.

Le plus âgé du groupe.

Et pourtant, à peine vingt-quatre ans.

Dans un autre monde, cela aurait été l’âge des promesses, des débuts, des rêves encore intacts.

Les souvenirs de Vaelor s’imposèrent à lui sans effort, comme si ce nom avait toujours été gravé dans sa mémoire.

Daren.

Un homme calme, posé, celui qui prenait toujours les décisions quand le groupe hésitait.

Son visage était désormais figé dans une expression de surprise, comme si la mort elle-même l’avait interrompu en plein mouvement.

Vaelor s’accroupit lentement à côté de lui.

Le silence était lourd, presque étouffant.

— Pardonne-moi...

Sa voix était basse, brisée par une émotion qu’il ne contrôlait pas totalement.

Il ne savait pas si ces mots avaient un sens, mais il les prononça quand même.

Comme un dernier respect.

Il fouilla ensuite doucement ses poches, avec une délicatesse presque solennelle.

Une petite dague, simple mais bien entretenue.

Une corde soigneusement enroulée.

Une pierre à aiguiser usée par l’usage.

Et une dizaine de pièces de cuivre, froides au toucher.

Il ne prit que ce qui pouvait encore servir.

Pas par avidité.

Mais par nécessité.

Laisser tout cela ici n’aiderait personne, et certainement pas les morts.

Un à un, il se releva et continua son triste travail.

Il retrouva les autres membres du groupe dispersés dans la clairière, chacun tombé là où son dernier souffle avait été rendu.

Leurs sacs, encore attachés à leurs épaules ou tombés à leurs côtés.

Leurs armes, certaines brisées, d’autres encore intactes.

Leurs effets personnels, témoins silencieux de leurs vies passées.

À chaque fois, Vaelor s’arrêtait quelques secondes.

Il s’inclinait légèrement, comme pour saluer leur mémoire.

Et à chaque fois, les souvenirs du corps qu’il occupait lui revenaient avec une clarté douloureuse.

Il se souvenait de leurs éclats de rire à la guilde, des soirées bruyantes autour d’une table trop petite pour eux tous.

Des discussions animées sur leurs futures aventures, de leurs rêves d’exploration et de gloire.

Ils parlaient comme si le monde leur appartenait déjà.

Comme si rien ne pouvait les arrêter.

Ils étaient jeunes, pleins d’espoir, convaincus que leur histoire ne faisait que commencer.

Mais le destin en avait décidé autrement.

Ils ne rentreraient jamais chez eux.

Vaelor serra les poings.

— Ce monde...

Est vraiment cruel.

Pendant près de deux heures, il travailla sans relâche.

À l'aide d'une pelle de fortune fabriquée avec une planche brisée et une vieille dague, il creusa quatre tombes.

La terre était dure.

Ses mains finirent couvertes d'ampoules.

Lorsqu'il déposa le dernier corps, il resta silencieux.

Le vent faisait doucement danser les hautes herbes.

— Je ne connais pas les prières de votre monde...

Dit-il d'une voix basse.

— Mais personne ne devrait être abandonné au milieu d'une forêt.

Il recouvrit lentement les tombes.

Puis planta quatre morceaux de bois afin de marquer leur emplacement.

Au moment où il se releva...

Une légère vibration parcourut l'air.

Une fenêtre apparut devant lui.

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Quête accomplie

Offrir une sépulture à ses compagnons.

Récompense :

+ 500 XP

Titre obtenu :

Le Dernier Survivant

Description :

"Vous avez refusé d'abandonner vos compagnons malgré le danger."

Effet :

+5 % de Résistance mentale.

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Vaelor resta immobile.

— Un... titre ?

Une nouvelle fenêtre apparut aussitôt.

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Les Titres sont des distinctions accordées par le Système.

Ils ne peuvent être ni achetés ni créés.

Chaque Titre possède un ou plusieurs effets permanents.

Certains sont uniques.

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— Intéressant...

Il esquissa un léger sourire.

Il comprenait enfin pourquoi le système des Titres était si particulier.

Ils ne s'obtenaient pas en dépensant de l'expérience.

Ils étaient le reflet de ses actes.

Alors qu'il allait reprendre sa route...

Une nouvelle notification apparut.

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Nouvelle Quête Principale

Retourner sain et sauf au village d'Aster.

Objectif :

Rejoindre votre foyer.

Récompenses :

1 000 XP Coffre de récompense (Commun)

Accepter automatiquement.

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Vaelor fixa la fenêtre du système pendant plusieurs longues secondes, comme s’il cherchait à en comprendre chaque détail, chaque nuance cachée derrière ces lignes lumineuses. Puis, lentement, il hocha la tête.

— Je comptais déjà rentrer...

Sa voix était basse, presque un murmure perdu dans le vent de la forêt.

Il ajusta ensuite la sangle de son sac sur son épaule, vérifiant instinctivement son équilibre. Le poids du matériel lui semblait désormais familier, comme s’il avait toujours appartenu à ce nouveau corps.

Son regard dériva une dernière fois vers les quatre tombes fraîchement recouvertes de terre. Le bois planté en guise de marqueur tremblait légèrement sous la brise, comme s’il répondait silencieusement à son attention.

Il resta immobile quelques secondes.

— Je continuerai à vivre...

Sa voix se brisa légèrement, mais il poursuivit malgré tout.

— À votre place...

Il inspira profondément, comme pour graver ces mots dans sa mémoire.

— Et à la mienne.

Puis il se détourna enfin.

Il fit un premier pas, puis un second, s’éloignant lentement de ce lieu devenu à la fois un tombeau et un point de départ. Le vieux sentier forestier s’étirait devant lui, sinueux et silencieux, disparaissant entre les troncs serrés des arbres anciens.

Chaque pas qu’il faisait soulevait légèrement la terre humide, et chaque mouvement le rapprochait un peu plus de ce qu’il devait désormais appeler son foyer.

Le vent glissait entre les branches, accompagnant sa marche d’un souffle régulier, presque apaisant.

Sans qu’il ne le sache encore...

À plusieurs kilomètres de là...

Dans le petit village d’Aster...

Deux personnes attendaient toujours le retour d’un fils qu’elles croyaient peut-être ne jamais revoir.

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