Le système d'ascension

Chapitre 30 — Les leçons du maître

Le soleil n'avait pas encore franchi les montagnes lorsque Vaelor ouvrit les yeux.

La maison était encore silencieuse.

Seul un bruit familier résonnait déjà dans la cour.

Clang !

Clang !

Le marteau de Marcus frappait l'acier avec une régularité presque hypnotique.

Vaelor s'habilla rapidement avant de descendre.

En traversant la cuisine, il aperçut sa mère qui était déjà debout depuis l’aube, occupée à préparer le petit-déjeuner. L’odeur du pain chaud et des herbes séchées emplissait la pièce, donnant à la maison une atmosphère douce et familière.

Elle leva les yeux en l’entendant entrer et lui adressa immédiatement un sourire chaleureux.

— Tu es déjà réveillé, Vaelor ? Tu n’as pas assez dormi ?

Il secoua légèrement la tête en s’approchant.

— J’ai bien dormi, maman. Je dois aller à la forge avec père.

Elle hocha doucement la tête, tout en posant une assiette sur la table.

— Ton père t’attend déjà. Il est levé depuis longtemps, comme toujours.

Vaelor esquissa un petit sourire.

— Je m’en doute.

Elle s’approcha et ajusta légèrement le col de sa chemise, comme elle le faisait encore parfois malgré son âge.

Elle lui tapota doucement la joue.

— Bon courage, mon grand.

— Merci, maman.

Il sortit ensuite de la cuisine, traversa le couloir puis poussa la lourde porte menant à l’extérieur.

L’air frais du matin le frappa immédiatement, contrastant avec la chaleur de la maison.

Quelques pas plus loin, il atteignit la forge.

Dès qu’il ouvrit la porte, une vague de chaleur intense l’enveloppa, accompagnée du bruit constant du métal frappé.

Le foyer brûlait déjà d’un rouge profond, presque hypnotique.

Marcus était là, debout devant l’enclume, concentré sur sa pièce de métal.

Ses bras bougeaient avec une précision impressionnante, chaque coup de marteau résonnant dans toute la pièce.

CLANG !

CLANG !

Sans même lever les yeux, il parla d’une voix calme mais ferme.

— Tu es à l’heure.

Vaelor referma la porte derrière lui et répondit en s’approchant.

— Comme toujours.

Marcus termina son geste avec un dernier coup puissant, puis plongea la pièce incandescente dans un seau d’eau.

Un sifflement violent retentit immédiatement, suivi d’un épais nuage de vapeur qui monta vers le plafond.

Le silence revint brièvement, seulement brisé par le crépitement du métal refroidissant.

Marcus posa le marteau sur l’établi et se redressa lentement.

Il essuya ses mains sur son tablier avant de se retourner enfin vers son fils.

Son regard se posa sur son fils.

— Alors...

Tu m'as apporté quelque chose d'intéressant hier.

Vaelor sortit soigneusement le rouleau de sa sacoche.

Marcus le déroula une nouvelle fois.

Même après l'avoir étudié la veille, son admiration n'avait pas diminué.

— Plus je regarde ce plan...

Plus je me rends compte qu'il a été rédigé par un excellent artisan.

Il désigna plusieurs annotations.

— Regarde ici.

L'épaisseur de la lame change très légèrement avant la pointe.

Ce détail améliore la pénétration tout en conservant une bonne solidité.

Puis il montra une autre partie du plan.

— Et ici...

La soie est plus longue que sur une dague classique.

Cela répartit mieux les chocs dans le manche.

Vaelor suivait chacune de ses explications avec attention.

Grâce aux connaissances transmises par le Système, il comprenait enfin le sens de ces détails.

Quelques jours plus tôt...

Tout cela lui aurait semblé incompréhensible.

Marcus roula lentement le parchemin.

Puis un sourire apparut sur son visage.

— Eh bien...

Nous allons la fabriquer.

Le cœur de Vaelor accéléra.

— Aujourd'hui ?

— Aujourd'hui.

Marcus posa une barre d'acier sur l'établi.

— Mais avant...

Dis-moi comment tu comptes t'y prendre.

Vaelor resta immobile quelques instants, les yeux fixés sur le métal encore chaud. La surface rougeoyante reflétait la lumière du foyer et dessinait des reflets mouvants sur son visage concentré.

Il prit une inspiration lente, comme pour s’assurer de ne rien oublier, puis il répondit d’une voix posée, presque récitant une leçon qu’il avait parfaitement assimilée :

— Chauffer jusqu’à obtenir une couleur jaune clair… suffisamment uniforme pour que l’acier devienne malléable sans perdre sa structure.

Il marqua une courte pause, ses yeux suivant mentalement chaque étape.

— Former la pointe en premier, pour définir l’axe de la lame.

Ensuite, étirer progressivement le métal, sans le brusquer, afin de conserver l’équilibre.

Il leva légèrement la main, comme s’il dessinait la forme dans l’air.

— Façonner la soie pour assurer une bonne prise dans le manche.

Et enfin… effectuer un premier martelage léger pour libérer les tensions internes de l’acier.

Quand il eut terminé, le silence retomba dans la forge.

Marcus n’avait pas bougé. Il l’écoutait avec une attention calme, presque impassible. Mais dans ses yeux, une lueur d’approbation commençait à apparaître.

Il hocha lentement la tête, comme s’il validait chaque mot.

— Les connaissances sont là, dit-il simplement.

Sa voix était grave, mais pas dure. Plutôt celle d’un homme qui constate un fait évident.

Puis il s’approcha de l’établi, prit le marteau posé à côté de l’enclume et le tendit à son fils.

— Maintenant…

Il marqua une courte pause, laissant le poids de ses mots s’installer.

— Montre-moi ce que valent tes mains.

Vaelor sentit son cœur accélérer légèrement. Ce n’était plus une explication théorique. C’était le moment où tout devait devenir réel.

Il inspira profondément, comme pour chasser le doute, puis s’avança vers le foyer. Avec des gestes précis, il plaça la barre d’acier dans les flammes.

Le crépitement du feu remplit la forge.

Les minutes passèrent lentement, presque solennelles. Vaelor ne quittait pas le métal des yeux, attendant le moment exact où la couleur deviendrait celle qu’il avait décrite.

Quand enfin l’acier atteignit ce jaune clair parfait, il le retira avec des pinces et le posa sur l’enclume.

Son regard se durcit.

Il leva le marteau.

Et frappa.

CLANG !

Le son résonna violemment dans toute la forge, vibrant jusque dans les murs de pierre.

Il frappa une deuxième fois, plus sûr de lui.

Puis une troisième, enchaînant les coups avec une intensité croissante.

Le métal répondait, se déformant sous la pression, mais Vaelor sentait déjà la fatigue dans ses bras.

Marcus, lui, ne disait toujours rien. Il observait chaque mouvement, chaque micro-erreur, chaque hésitation.

Après une dizaine de coups, il leva calmement la main.

— Stop.

Le mot fut simple, mais immédiat.

Vaelor s’arrêta net, le marteau suspendu dans l’air. Il respirait un peu plus fort, le front légèrement humide.

— Regarde, dit Marcus en s’approchant.

Il désigna la pièce de métal encore chaude.

— Tu frappes correctement… la direction est bonne, la forme suit.

Il marqua une pause, puis ajouta avec plus de fermeté :

— Mais tu utilises toute la force de tes bras.

Vaelor fronça les sourcils, un peu surpris.

— Ce n’est pas ce qu’il faut faire ? demanda-t-il, sincèrement perplexe.

Marcus esquissa un léger sourire, presque imperceptible.

— Non.

Il prit le marteau des mains de son fils sans brusquerie.

— La puissance ne vient pas uniquement des bras.

Il se plaça devant l’enclume, ajusta légèrement sa posture.

— Elle vient des jambes.

Il fléchit légèrement les genoux.

— Des épaules.

Il fit rouler ses épaules en arrière, relâchant la tension.

— Et surtout…

Il marqua un temps, levant légèrement le marteau.

— Du rythme.

Puis il frappa.

CLANG.

Un seul coup.

Mais il était différent.

Plus lourd, plus propre, plus contrôlé.

Il enchaîna.

CLANG. CLANG. CLANG.

Chaque impact semblait identique au précédent, comme s’il s’agissait d’un seul mouvement répété à l’infini.

Précis.

Régulier.

Naturel.

Vaelor observa attentivement, sans cligner des yeux.

Il comprenait enfin pourquoi son père était considéré comme un forgeron expert.

Marcus lui rendit le marteau.

— Recommence.

Cette fois...

Vaelor adapta sa posture.

Il relâcha légèrement ses épaules.

Plia davantage les jambes.

Puis recommença.

CLANG !

CLANG !

Les coups étaient déjà plus réguliers.

Marcus hocha discrètement la tête.

— Mieux.

Mais tu regardes ton marteau.

Ne regarde jamais ton marteau.

Regarde l'acier.

C'est lui qui te dit où frapper.

Les heures passèrent.

Petit à petit...

La barre d'acier prit la forme d'une véritable lame.

Vaelor commettait encore de nombreuses erreurs.

Parfois il frappait trop fort.

Parfois pas assez.

Il devait souvent recommencer certaines étapes, car Marcus ne laissait passer aucune erreur, même minime. Chaque fois que Vaelor frappait trop fort ou mal orienté, le forgeron l’arrêtait immédiatement.

— Non, arrête. Reprends depuis le début, disait Marcus d’une voix calme mais ferme.

Vaelor serrait les dents, un peu frustré, mais il obéissait sans discuter. Il savait que son père ne cherchait pas à le décourager, mais à le pousser à comprendre réellement le métal.

Pourtant...

À chaque correction de Marcus, quelque chose changeait en lui. Il ne se contentait plus de reproduire des gestes appris grâce au Système. Il commençait à les ressentir, à les comprendre.

— Tu dois écouter l’acier, pas le forcer, expliqua Marcus en observant ses mouvements. Le métal te résiste si tu es trop brutal. Il te guide si tu es attentif.

Vaelor hocha la tête, concentré.

— Je crois que je comprends… répondit-il doucement.

Marcus le regarda un instant, puis reprit :

— Non. Tu ne comprends pas encore. Mais tu es en train d’apprendre. Et c’est bien plus important.

Peu à peu, les connaissances du Système trouvaient enfin leur place dans la réalité. Ce qui n’était au départ que des informations abstraites devenait des gestes précis, naturels, presque instinctifs.

Le bruit du marteau résonnait dans toute la forge, régulier, plus maîtrisé qu’au début de la journée.

En milieu d'après-midi, la chaleur du foyer était devenue presque étouffante, mais ni Marcus ni Vaelor ne s’étaient arrêtés.

La lame était enfin terminée.

Marcus la prit entre ses mains, l’examina longuement, puis hocha légèrement la tête.

— Bien. Très bien, dit-il simplement.

Sans attendre, il la plongea lui-même dans le bain de trempe. Un nuage de vapeur s’éleva aussitôt, accompagné d’un sifflement aigu.

— La trempe, c’est le moment où tout peut être perdu, expliqua-t-il. Une seconde d’erreur, et tout ton travail est bon à jeter.

Vaelor observa en silence, impressionné par la précision des gestes de son père.

Puis ils installèrent ensemble le manche. Marcus lui montra comment ajuster parfaitement les pièces, comment éviter le moindre jeu, comment sentir si le bois était bien équilibré.

— Appuie ici. Non, un peu plus doucement. Voilà, comme ça, guidait-il.

Vaelor suivait attentivement, posant ses mains là où son père lui indiquait.

Quelques minutes plus tard...

La dague était achevée.

Marcus la posa sur l’enclume.

Elle brillait sous la lumière de la forge, comme si elle avait été polie par le feu lui-même.

Fine.

Équilibrée.

Élégante.

Vaelor la fixa sans dire un mot. Il ressentait quelque chose d’étrange, un mélange de fierté et d’incrédulité.

— C’est… moi qui ai fait ça ? murmura-t-il.

Marcus esquissa un léger sourire.

— Tu as participé. Et c’est déjà beaucoup.

Au même instant...

Une fenêtre translucide apparut devant Vaelor.

────────────────────

Analyse terminée

Objet créé

Nom :

Dague en acier renforcé

Qualité :

Commune (+)

Durabilité :

100 / 100

Attaque :

+8

Tranchant :

+6

Solidité :

+6

Effet spécial :

Aucun

Créateur :

Marcus Asteran

Assistant :

Vaelor Asteran

Évaluation :

Très belle finition.

Quelques imperfections empêchent encore l'arme d'atteindre la qualité supérieure.

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Vaelor observa longuement la fenêtre.

Puis son regard se posa sur la dague.

Marcus remarqua son sourire.

— Alors ?

Qu'en pense ton mystérieux talent ?

Vaelor hésita un instant.

Puis répondit simplement :

— elle est excellente...

Mais qu'il lui manque encore un petit quelque chose.

Marcus éclata d'un léger rire.

Il prit la dague entre ses mains.

Son pouce glissa lentement le long de la lame.

Puis il désigna un endroit près de la garde.

— Ici.

Tu vois cette légère irrégularité ?

Vaelor plissa les yeux.

Il ne l'avait même pas remarquée.

Marcus poursuivit :

— Elle est minuscule.

La plupart des gens ne la verront jamais.

Mais un maître...

La remarque immédiatement.

Il rendit la dague à son fils.

— Tu possèdes désormais les connaissances nécessaires.

Mais les connaissances ne remplacent jamais l'expérience.

Chaque arme que tu fabriqueras sera meilleure que la précédente.

Et un jour...

Tu n'auras plus besoin de réfléchir.

Tes mains sauront quoi faire avant même que ton esprit ne l'ordonne.

À cet instant, une nouvelle notification apparut.

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Compétence améliorée

Forge

Confirmé Niv. 25

Confirmé Niv. 26

L'expérience acquise par la pratique renforce votre maîtrise.

────────────────────

Vaelor esquissa un sourire.

Le Système venait de confirmer ce que son père lui avait appris.

Les connaissances ouvraient la voie.

Mais seule la pratique permettait de devenir un véritable maître.

Il serra doucement la dague dans sa main.

Ce n'était pas seulement une arme.

C'était le premier objet qu'il avait réellement contribué à créer.

Et il savait...

Que ce n'était que le début de son apprentissage.

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