Le système d'ascension

Chapitre 31 — La convocation

Les premiers rayons du soleil filtraient entre les toits du village d'Aster, baignant lentement les rues encore désertes d'une lumière dorée.

Comme chaque matin depuis quelques jours, Vaelor était déjà debout.

Son corps s'était habitué à une discipline presque militaire.

Chaque journée commençait de la même manière.

Une longue course autour du village.

Des exercices de renforcement physique.

Puis un entraînement à l'épée avant même le petit-déjeuner.

Le souffle régulier, il exécuta une dernière série d'enchaînements.

Sa lame fendait l'air avec une fluidité qui lui aurait semblé impossible quelques semaines plus tôt.

Les mouvements étaient plus précis, plus assurés qu’auparavant. Chaque coup d’épée semblait désormais suivre une logique claire, presque instinctive. Ses appuis étaient fermes, ancrés dans le sol comme s’il faisait corps avec la terre elle-même. Les transitions entre chaque posture s’enchaînaient avec une fluidité nouvelle, presque naturelle.

Pourtant…

Vaelor s’interrompit brusquement.

Il resta immobile, l’épée encore levée, le regard perdu dans le vide.

Marcus avait raison.

Depuis que ses compétences avaient été améliorées par le Système, il comprenait parfaitement les techniques qu’il exécutait. Il savait quoi faire, quand le faire, et même pourquoi chaque mouvement existait. Sur le papier, tout était parfait.

Mais la réalité était différente.

Il y avait encore ces micro-hésitations.

Ces infimes décalages dans le temps.

Une fraction de seconde trop lente.

Un angle légèrement imparfait.

Une garde un peu trop haute, comme si son corps n’avait pas encore totalement intégré ce que son esprit savait déjà.

Rien de visible pour un œil non averti.

Rien qu’un adversaire ordinaire remarquerait.

Mais lui, il les sentait.

Et c’était précisément ce qui le dérangeait.

Il serra légèrement la poignée de son épée, puis la laissa redescendre lentement.

Son regard se durcit, plus sérieux.

— Les connaissances sont là… murmura-t-il pour lui-même.

Sa voix était basse, presque perdue dans le silence du matin.

Il inspira profondément.

— Maintenant… il faut que mon corps les suive.

Il marqua une courte pause, comme pour graver cette pensée en lui.

— C’est à moi de les transformer en expérience.

Sans précipitation, il rengaina son arme dans un mouvement propre et maîtrisé.

Le métal glissa contre le fourreau dans un léger cliquetis.

À peine eut-il terminé que trois coups secs retentirent contre la porte de la maison.

Toc. Toc. Toc.

Le son résonna dans la petite cour.

Marcus, qui travaillait dans la forge attenante, releva immédiatement la tête. Il essuya ses mains sur son tablier avant de passer la tête par l’encadrement de la porte.

— Vaelor ! lança-t-il d’une voix forte.

Le jeune homme tourna légèrement la tête.

— Quelqu’un te demande.

Vaelor ne répondit pas tout de suite. Il essuya rapidement la sueur sur son front avec son avant-bras, puis posa son épée contre un support en bois.

Il marcha d’un pas calme vers l’entrée.

En ouvrant la porte, il découvrit un jeune homme vêtu de l’uniforme officiel de la Guilde des Aventuriers.

Sa tenue était propre, bien ajustée, et une sacoche en cuir usé pendait à son épaule. Il avait l’air pressé, mais discipliné.

Dès qu’il aperçut Vaelor, il s’inclina légèrement.

— Vaelor Asteran ?

— C’est bien moi, répondit-il simplement.

Le messager hocha la tête, puis ouvrit sa sacoche avec précaution. Il en sortit une enveloppe épaisse, scellée d’un cachet de cire rouge portant l’emblème de la Guilde.

— Par ordre du maître de Guilde, déclara-t-il d’un ton formel.

Il tendit le document à Vaelor.

— Tous les aventuriers concernés sont convoqués aujourd’hui, avant midi.

Vaelor prit l’enveloppe sans dire un mot. Son regard se fixa un instant sur le sceau officiel, qu’il observa avec une attention presque instinctive. La cire rouge portait l’emblème de la Guilde, parfaitement imprimé, sans la moindre imperfection.

Une convocation.

Officielle.

Et surtout… importante.

Il sentit immédiatement que ce n’était pas une simple formalité.

Il releva lentement les yeux vers le messager.

— Merci.

Sa voix était calme, posée, mais légèrement plus grave qu’à l’ordinaire.

Le messager hocha la tête avec respect.

— Bonne journée, répondit-il simplement en s’inclinant une dernière fois.

Sans ajouter un mot, il tourna les talons. Ses pas résonnèrent brièvement sur le sol de pierre avant de s’éloigner. En quelques secondes à peine, il disparut au bout de la rue, comme s’il n’avait été qu’un passage furtif dans la matinée.

Vaelor resta immobile sur le pas de la porte.

Le silence retomba autour de lui.

Il observa encore un instant l’endroit où le messager avait disparu, puis inspira doucement avant de refermer la porte derrière lui.

Le bois grinça légèrement en se refermant.

Marcus, qui avait observé la scène depuis la forge, s’était déjà approché. Ses bras étaient croisés, et son regard était sérieux.

— Qu’est-ce qu’ils te veulent ?

Sa voix était directe, sans détour.

Vaelor ne répondit pas tout de suite.

Il baissa les yeux vers l’enveloppe, puis, d’un geste lent, il brisa le sceau de cire rouge. Le petit craquement sec résonna dans le silence de la pièce.

Il déplia soigneusement la lettre, prenant le temps de lisser le papier entre ses doigts avant de commencer à lire.

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Convocation officielle

Par décision de la Guilde des Aventuriers, vous êtes convoqué aujourd'hui avant midi dans la salle de réunion principale.

Votre présence est obligatoire.

Objet :

Préparation de l'expédition vers les anciennes ruines.

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Le silence s’installa dans la pièce, lourd et presque oppressant, comme si même l’air hésitait à bouger.

— Les ruines...

Souffla Vaelor, les yeux fixés sur la lettre encore ouverte dans ses mains.

Marcus croisa lentement les bras, son regard se durcissant peu à peu. Les traits de son visage, habituellement calmes, s’étaient assombris, comme si ce simple mot réveillait en lui de vieux souvenirs qu’il aurait préféré oublier.

— Je me doutais que cette convocation finirait par arriver, dit-il d’une voix basse et grave.

Vaelor releva immédiatement la tête, intrigué par ce ton inhabituel.

— Tu connais cet endroit ?

Le forgeron prit une inspiration lente, comme pour choisir soigneusement ses mots. Il hocha la tête avec prudence.

— Seulement ce que tout artisan du village connaît, répondit-il.

Il marqua une courte pause, son regard se perdant un instant vers la fenêtre, comme s’il observait quelque chose au loin, bien au-delà du village.

— Cette ancienne place forte existe depuis bien avant la fondation d’Aster, reprit-il finalement.

Sa voix était plus posée, mais plus grave aussi, comme alourdie par l’histoire qu’il racontait.

— Personne ne sait exactement qui l’a construite… ni même à quoi elle servait réellement.

Il serra légèrement les bras contre lui, comme si le simple fait d’en parler rendait l’atmosphère plus froide.

— Et encore moins pourquoi elle a été abandonnée du jour au lendemain.

Il secoua doucement la tête.

— Les générations se sont succédé… les récits ont changé, les versions se sont contredites… et peu à peu, les réponses ont disparu avec elles.

Vaelor, silencieux, l’écoutait avec une attention totale. Son regard ne quittait pas Marcus, absorbant chaque mot, chaque nuance.

Marcus poursuivit alors, sa voix devenant encore plus grave, presque sérieuse au point de rendre la pièce plus pesante encore.

— Depuis plusieurs jours...

Les éclaireurs de la Guilde ont signalé quelque chose d'étrange.

Ils ont aperçu des silhouettes qui montent la garde autour des ruines.

— Des sentinelles ?

Marcus acquiesça.

— Oui.

Des humanoïdes, d’après les rapports des éclaireurs.

Ils patrouillaient autour des ruines avec une régularité troublante, comme s’ils suivaient un schéma précis, presque militaire.

Leurs mouvements n’avaient rien de chaotique.

Au contraire, tout semblait calculé.

Coordonné.

Discipliné.

— Ils ne se contentent pas de rester sur place… ils surveillent, corrigea Marcus d’un ton grave. Comme s’ils protégeaient encore cette vieille forteresse.

Vaelor fronça légèrement les sourcils, son regard se durcissant.

— On sait qui ils sont ? demanda-t-il plus fermement.

Marcus secoua lentement la tête.

— Aucun royaume voisin ne revendique ces hommes.

Ce ne sont pas des aventuriers.

Et ils ne portent aucun emblème connu.

Il marqua une courte pause.

— C'est précisément ce qui inquiète la Guilde.

À cet instant, la mère de Vaelor entra doucement dans la pièce.

Elle avait entendu une partie de la conversation.

Son regard inquiet passa de Marcus à son fils.

— Tu pars avec eux...

Ce n'était pas une question.

Vaelor acquiesça lentement.

— Oui.

Elle s'approcha.

Ses mains se posèrent délicatement sur celles de son fils.

— Promets-moi une chose.

— Laquelle ?

Elle inspira doucement, cherchant ses mots.

— Ne laisse jamais ton orgueil décider à ta place.

Le jeune homme resta silencieux une seconde, puis un léger sourire passa sur son visage.

— Je te le promets.

Derrière lui, Marcus s’approcha à son tour.

Il posa une main ferme sur l’épaule de Vaelor, un geste à la fois rassurant et lourd de sens.

— Souviens-toi aussi de quelque chose, dit-il d’une voix plus grave.

Vaelor tourna la tête vers lui.

— Lorsque personne ne comprend un ennemi…

Marcus marqua une pause, son regard se durcissant légèrement.

— Le plus grand danger, c’est de croire qu’il réagira comme un homme ordinaire.

Il serra un peu plus son épaule.

— Ne sous-estime jamais ce que tu ignores.

Vaelor resta immobile.

Ces mots s’imprimèrent profondément en lui, comme gravés dans sa mémoire.

Il ne répondit pas.

Il n’en avait pas besoin.

Le silence suffisait.

Quelques dizaines de minutes plus tard…

Après avoir préparé son équipement et salué ses parents, il prit la direction de la Guilde des Aventuriers.

À mesure qu'il s'approchait du grand bâtiment de pierre, il remarqua une agitation inhabituelle.

Des aventuriers entraient et sortaient sans interruption.

Des chariots étaient chargés de provisions.

Des employés transportaient des caisses de matériel.

Tout le monde semblait se préparer à quelque chose d'important.

Vaelor inspira profondément.

Les lourdes portes de la Guilde s'ouvrirent dans un grincement familier.

Dès qu'il pénétra à l'intérieur, Vaelor sentit que quelque chose avait changé.

Habituellement, la grande salle résonnait des éclats de rire des aventuriers, du bruit des chopes qui s'entrechoquaient et des conversations animées autour des tableaux de missions.

Aujourd'hui...

Le brouhaha avait laissé place à des murmures.

Les sourires avaient disparu.

Même les aventuriers les plus expérimentés affichaient une expression sérieuse.

La salle entière semblait retenue par une tension invisible.

Le regard de Vaelor parcourut rapidement la pièce.

Près des comptoirs, plusieurs employés de la Guilde empilaient des caisses de vivres.

D'autres vérifiaient des rouleaux de corde, des torches, des lanternes et du matériel d'escalade.

Des guérisseurs contrôlaient leurs réserves de potions.

Chaque personne semblait connaître précisément son rôle.

Rien n'était laissé au hasard.

— Vaelor !

Une voix familière s'éleva au milieu de la foule.

Il tourna la tête.

Kael lui faisait de grands signes depuis une table située près de la cheminée.

À ses côtés se trouvaient déjà Lyria, Borik et Frère Eamon.

Un sourire apparut sur le visage de Vaelor.

Il les rejoignit.

— Je vois que je ne suis pas le dernier.

Kael éclata d'un léger rire.

— Pour une fois, non.

Borik croisa les bras.

— Tu arrives au bon moment.

Ils allaient justement commencer à parler de cette expédition.

Vaelor prit place.

Son regard passa successivement sur chacun de ses compagnons.

Tous semblaient partager la même curiosité.

Mais également une certaine inquiétude.

Lyria rompit le silence.

— Tu sais pourquoi nous avons été convoqués ?

Vaelor secoua doucement la tête.

— Seulement qu'il s'agit des anciennes ruines.

Le visage de Kael devint plus sérieux.

— Les rumeurs circulent depuis plusieurs jours.

On raconte que des éclaireurs auraient aperçu des silhouettes qui patrouillent autour de la vieille forteresse.

— Des bandits ? demanda Borik.

Kael secoua immédiatement la tête.

— Non.

Justement.

Personne ne sait qui ils sont.

Frère Eamon prit alors la parole d'une voix calme.

— Les survivants décrivent des humanoïdes.

Ils portent des armes.

Des armures anciennes.

Et leurs patrouilles semblent parfaitement organisées.

Il joignit lentement les mains.

— Ils ne donnent pas l'impression d'être de simples pillards.

Un silence s'installa autour de la table.

Vaelor réfléchissait.

Des sentinelles.

Une discipline militaire.

Une forteresse abandonnée.

Tout cela semblait étrangement lié.

Avant qu'il ne puisse poser une nouvelle question...

Une cloche résonna dans toute la salle.

Dong...

Toutes les conversations cessèrent presque instantanément.

Les aventuriers se levèrent les uns après les autres.

Au fond de la pièce, une grande porte s'ouvrit.

Le maître de Guilde fit son entrée.

Comme toujours, sa simple présence imposait le silence.

Son regard parcourut lentement l'assemblée.

Il attendit quelques secondes.

Puis il prit la parole.

— Merci d'être venus.

Sa voix grave résonna dans toute la salle.

— Si vous êtes ici aujourd'hui, ce n'est pas uniquement parce que vous êtes des aventuriers compétents.

Il marqua une courte pause.

— C'est parce que chacun d'entre vous a déjà prouvé qu'il savait garder son sang-froid lorsque la situation devenait imprévisible.

Son regard s'arrêta quelques instants sur plusieurs visages.

Puis il poursuivit.

— Depuis plusieurs semaines, nos éclaireurs observent une activité inhabituelle autour d'une ancienne place forte située au nord-est de notre territoire.

Une immense carte fut déroulée derrière lui.

Le vieil édifice y était représenté avec précision.

Plusieurs annotations entouraient les remparts.

Le maître de Guilde désigna la forteresse du doigt.

— Cette place forte est connue depuis des siècles.

Jusqu'à récemment...

Elle était totalement abandonnée.

Il balaya ensuite la salle du regard.

— Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

Un lourd silence tomba.

— Nos éclaireurs ont observé plusieurs sentinelles humanoïdes montant la garde autour des remparts.

Leurs déplacements sont organisés.

Leurs rondes sont régulières.

Ils semblent protéger activement les lieux.

Il secoua lentement la tête.

— Nous ignorons leur identité.

Aucun royaume voisin ne revendique leur présence.

Aucune organisation connue ne possède une forteresse dans cette région.

Et malgré plusieurs tentatives d'observation...

Personne n'a réussi à s'approcher suffisamment pour comprendre qui ils sont.

Le maître de Guilde croisa les mains derrière le dos.

— C'est précisément pour répondre à cette question que cette expédition est organisée.

Le mystère devait être levé.

Et ce serait à eux...

De découvrir ce qui se cachait réellement derrière les murs de cette ancienne forteresse.

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