Le système d'ascension

Chapitre 41 — Les archives oubliées

Le grondement continua encore quelques secondes.

Puis...

Le silence revint.

Un silence plus lourd que tous ceux qu'ils avaient connus depuis leur entrée dans la forteresse.

Personne ne parlait.

Tous regardaient les immenses portes par lesquelles les deux Veilleurs venaient de disparaître.

Kael fut le premier à rompre le silence.

— Ils auraient pu nous tuer...

Borik acquiesça lentement.

— Oui.

Et pourtant...

Ils sont partis.

Gareth gardait les yeux fixés sur l'entrée.

— Parce que ce n'était probablement pas leur mission.

Cette simple réponse fit frissonner tout le groupe. Un malaise diffus s’installa, comme si l’air lui-même venait de se refroidir.

Gareth serra légèrement la mâchoire.

— Si leur objectif n’était pas de nous éliminer… alors pourquoi venir jusqu’ici avec une telle force ?

Personne ne répondit immédiatement. Le silence pesait, lourd, presque étouffant.

Vaelor, lui, ne quittait pas des yeux les traces du combat. Son esprit tournait à toute vitesse.

« Ils nous ont observés… » pensa-t-il. « Ils ont évalué notre niveau. »

Il revoyait encore les mouvements précis des Veilleurs, leur coordination parfaite, leur absence totale d’hésitation.

— Ils ne se sont pas battus comme des soldats ordinaires… murmura-t-il finalement.

Kael tourna la tête vers lui.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Vaelor hésita une seconde, puis répondit calmement :

— Ils testaient quelque chose. Nous.

Il s’accroupit près d’un fragment d’armure tombé au sol. Le métal était étrange, presque trop parfait malgré les fissures. Il activa discrètement Analyse.

Une lumière pâle s’afficha devant ses yeux.

────────────────────

Fragment d’armure impériale

État : Endommagé.

Origine : Veilleur impérial.

Matériau :

Alliage impérial renforcé.

────────────────────

Vaelor plissa les yeux.

« Ce n’est pas du métal ordinaire… c’est bien plus avancé. »

Il passa doucement ses doigts sur la surface froide du fragment.

— Ils ne sont même pas fabriqués avec le même métal… murmura-t-il.

Gareth, qui avait entendu, fronça les sourcils.

— Explique-toi.

Vaelor se redressa lentement.

— Ces armures… sont supérieures à celles des Sentinelles. De loin.

Un silence plus lourd encore s’installa.

Gareth expira lentement, puis rangea son épée dans son fourreau.

— Très bien. Assez perdu de temps ici.

Il sortit une carte impériale qu’ils avaient récupérée plus tôt et la déplia rapidement sur une surface plane. Ses doigts parcoururent les différents quartiers avec précision, comme s’il cherchait quelque chose depuis longtemps.

— Nous devons avancer.

Son doigt s’arrêta net.

— Les Archives.

Lyria releva immédiatement la tête.

— Les Archives ? Vous pensez qu’elles existent encore après tout ça ?

Gareth ne répondit pas tout de suite. Il observa la carte avec attention.

— Si une partie de cette forteresse a survécu au temps… alors il est possible que les archives aient été protégées.

Frère Eamon hocha lentement la tête, pensif.

— Les anciens empires ne laissaient jamais leurs connaissances sans protection. Il y avait toujours des copies…

Kael esquissa un léger sourire, malgré la tension.

— Alors on a peut-être une chance de comprendre ce qui se passe ici.

Gareth replia la carte d’un geste sec.

— On y va.

Le groupe quitta la forge sans attendre.

Les rues de la forteresse étaient étrangement silencieuses. Trop silencieuses.

Aucune Sentinelle.

Aucun Veilleur.

Même le vent semblait avoir disparu.

L’absence de vie rendait l’endroit encore plus inquiétant.

Gareth marcha en tête, les sens en alerte.

— Restez groupés. Et prudence.

Ils avancèrent lentement, leurs pas résonnant faiblement sur la pierre ancienne.

Vaelor, lui, observait chaque détail. À plusieurs reprises, il remarqua des traces métalliques au sol, comme si des unités entières avaient été déplacées récemment.

Il activa Pistage.

Les informations apparurent immédiatement dans son esprit.

« Toutes les Sentinelles… convergent. »

Il fronça légèrement les sourcils.

Elles ne patrouillaient plus.

Elles se dirigeaient toutes vers un seul point.

Le centre de la forteresse.

« Elles se regroupent… » pensa-t-il.

Il garda cette information pour lui. Le dire maintenant ne ferait qu’augmenter la tension.

Après près d’une heure de marche prudente, ils arrivèrent enfin devant un immense bâtiment.

Contrairement aux structures militaires qu’ils avaient vues jusque-là, celui-ci dégageait une impression totalement différente. Plus calme. Plus ancien. Presque sacré.

De hautes colonnes de marbre blanc soutenaient une façade élégante, finement sculptée. Des statues représentant des savants, des scribes et des érudits bordaient les marches d’entrée.

Au-dessus de la porte principale, une inscription à moitié effacée résistait encore au temps.

Vaelor s’en approcha et activa Analyse.

Quelques mots apparurent, tremblants mais lisibles.

Archives impériales centrales

Lyria laissa échapper un souffle de surprise.

— Elles… elles existent vraiment…

Sa voix trahissait un mélange d’émerveillement et d’incrédulité.

Gareth posa lentement sa main sur la porte.

— On va voir ce qu’elles cachent.

Il poussa.

Aucun bruit de mécanisme.

Aucune résistance.

Seulement un léger grincement ancien.

Et une odeur.

Une odeur de papier, de poussière figée dans le temps.

Lorsqu’ils entrèrent, le groupe resta figé.

Le spectacle était immense.

Des rangées infinies d’étagères s’étendaient dans toutes les directions, disparaissant dans une semi-obscurité organisée. Des milliers de livres, de rouleaux et de registres étaient soigneusement rangés, comme si quelqu’un continuait encore de les entretenir.

Certaines sections étaient protégées par des vitrines de cristal. Une lumière bleutée douce flottait au-dessus de plusieurs d’entre elles, comme un sort de conservation encore actif.

Frère Eamon s’avança lentement, impressionné.

— Une barrière de préservation… murmura-t-il. Elle fonctionne encore après tout ce temps…

Lyria, elle, ne put se retenir. Elle s’approcha d’un rayonnage et prit délicatement un rouleau. Il était intact. Parfaitement conservé.

— Incroyable… souffla-t-elle. Les siècles n’ont presque rien détruit…

Pendant que les autres exploraient avec prudence, Vaelor restait en retrait. Son regard parcourait les différentes sections avec attention.

Chaque allée portait une inscription claire.

Histoire.

Administration.

Commerce.

Cartographie.

Puis, soudain, il s’arrêta.

Une plaque différente, plus imposante, attira son regard.

Légions impériales.

Son expression changea légèrement.

Il s’en approcha.

Les étagères étaient remplies de registres parfaitement alignés.

Il en saisit un.

Puis activa Analyse.

Les caractères anciens vacillèrent.

Progressivement...

Le texte devint compréhensible.

Troisième Légion impériale

Forteresse frontière d'Astrion

Effectif : 4 800 soldats

Vaelor sentit son cœur s’accélérer brutalement, comme si quelque chose venait de se refermer sur lui.

« Astrion… » murmura-t-il à voix basse.

Le nom résonna dans son esprit avec une étrange familiarité, presque comme s’il avait toujours été là sans qu’il le sache. Il passa lentement sa main sur le registre, les yeux fixés sur les lignes anciennes.

C’était donc ça. Le véritable nom de cette forteresse.

Il inspira profondément, puis reprit sa lecture avec une attention redoublée. Chaque registre était organisé avec une précision militaire presque obsessionnelle. On y détaillait les différentes cohortes, les unités stationnées dans chaque secteur, les capitaines responsables, les effectifs exacts, mais aussi les pertes enregistrées au fil du temps.

Les rotations de garde étaient notées avec une rigueur froide, mécanique, comme si chaque vie n’était qu’une donnée parmi d’autres.

Vaelor fronça légèrement les sourcils.

« Ils tenaient tout… au détail près… » pensa-t-il.

Puis, en tournant une nouvelle page, une ligne attira soudain son regard.

Programme des Gardiens impériaux

Version VII validée par le Haut Conseil.

Il resta figé une seconde.

— Un programme… ? souffla-t-il.

Sans attendre, il ouvrit le document.

Les premières pages décrivaient la conception des Sentinelles. Elles n’étaient pas de simples machines de défense : elles avaient été pensées comme des entités autonomes, capables d’analyser, de réagir et d’adapter leurs stratégies sans intervention humaine directe.

Leur noyau de mana leur donnait une forme d’intelligence rudimentaire, suffisante pour exécuter des ordres complexes et maintenir la sécurité de la forteresse même en l’absence de commandement actif.

Vaelor suivait les lignes du regard, de plus en plus tendu.

Puis il arriva à une section plus profonde du document.

Et là…

Son expression changea immédiatement.

Toutes les unités restent soumises à l’autorité du Commandant Suprême de la forteresse.

Il s’immobilisa complètement.

Le silence autour de lui sembla s’épaissir.

« Donc… » pensa-t-il lentement.

« Il y a encore quelqu’un… ou quelque chose… qui commande tout ça. »

Un frisson lui parcourut l’échine.

« Quelqu’un contrôle encore les Gardiens… même maintenant… »

Il referma doucement le registre, comme si le simple fait de le toucher devenait dangereux.

Mais avant qu’il ne puisse approfondir sa réflexion…

— Vaelor !

La voix de Lyria le fit sursauter.

Il releva brusquement la tête.

— J’arrive ! répondit-il aussitôt.

Il rangea le document à sa place et rejoignit rapidement le groupe.

Lyria se tenait devant une immense carte murale gravée dans la pierre. Elle semblait ancienne, mais parfaitement conservée. Les lignes représentaient toute la structure de la forteresse avec une précision impressionnante.

Mais ce qui changeait tout…

C’était la présence des niveaux souterrains.

— Regardez ça… dit-elle d’une voix tendue.

Tous s’approchèrent immédiatement.

Gareth plissa les yeux en observant la carte. Son regard suivait lentement les galeries, les couloirs, les intersections multiples qui s’enfonçaient sous la forteresse.

Puis il s’arrêta net.

Son expression se durcit.

— Ce n’est pas possible… murmura-t-il.

Sous la structure principale, un réseau colossal s’étendait bien plus profondément qu’ils ne l’avaient imaginé.

Des laboratoires entiers.

Des réserves massives.

Des salles de recherche.

Des couloirs interminables.

Et encore plus bas…

Une zone parfaitement circulaire, isolée du reste du complexe.

Le silence tomba dans le groupe.

Tous fixaient le même point.

Le nom gravé sous cette salle était encore lisible malgré les siècles.

Noyau Central de Mana

Un lourd silence tomba sur le groupe.

Frère Eamon murmura doucement :

— Voilà...

Le cœur énergétique de toute la forteresse.

Si ce noyau fonctionne encore...

Alors les Gardiens pourraient continuer à se réactiver pendant des siècles.

Personne ne répondit.

Tous comprenaient désormais l'ampleur du problème.

Mais Vaelor, lui...

Ne regardait plus la carte.

Son instinct lui soufflait autre chose.

Il leva lentement les yeux vers la mezzanine qui dominait les archives.

Quelqu'un...

Ou quelque chose...

Les observait.

Lorsqu'il activa Analyse, une unique fenêtre apparut avant de disparaître aussitôt.

────────────────────

Analyse impossible.

Niveau insuffisant.

────────────────────

Une silhouette venait de disparaître dans l'obscurité.

Sans faire le moindre bruit.

Visit and read more novel to help us update chapter quickly. Thank you so much!

Report chapter

Use arrow keys (or A / D) to PREV/NEXT chapter