Le système d'ascension

Chapitre 46 — Le retour de l'ennemi

Le silence s'abattit de nouveau sur la salle du commandement.

Les derniers mots du Général semblaient encore résonner entre les immenses colonnes.

— Ils sont...

Enfin...

De retour.

Personne n'osait parler.

Les points rouges continuaient de se multiplier sur la projection de mana suspendue au-dessus de la grande carte de la forteresse.

Ils progressaient méthodiquement.

Sans hésitation.

Comme s'ils connaissaient déjà parfaitement les lieux.

Gareth fut le premier à reprendre la parole.

— Qui sont-ils ?

La question de Gareth claqua dans la salle comme une lame tirée trop vite.

Le Général ne réagit pas immédiatement.

Il resta figé, droit comme une statue de pierre ancienne, les yeux perdus dans la projection mouvante de la carte. Les lumières bleutées dansaient sur son visage sans jamais en révéler la moindre émotion.

Sa voix finit par tomber, grave, lourde, presque fatale.

— L'ennemi.

Borik fronça les sourcils, incrédule.

— L'ennemi ? répéta-t-il en serrant davantage son marteau. C’est vague. Trop vague.

Le Général ne répondit pas tout de suite. Le silence s’étira, pesant, presque volontaire. Comme s’il laissait le mot s’enraciner dans leur esprit.

Puis il reprit, plus lentement encore.

— Celui...

Il marqua une pause.

— Qui a détruit...

Un autre silence.

— L'Empire.

Le mot tomba comme une pierre dans un puits sans fond.

Lyria sentit un frisson glacé lui remonter le long de l’échine. Ses doigts se crispèrent légèrement.

— Ils existent encore... murmura-t-elle, presque pour elle-même.

Le Général tourna légèrement la tête, sans la regarder directement.

— Ils...

N'ont...

Jamais...

Abandonné.

Chaque mot semblait pesé, calibré, comme s’il ne parlait pas d’un souvenir, mais d’une menace toujours active, toujours en mouvement.

Son regard revint sur la carte, où les points rouges continuaient leur progression méthodique.

— Ils cherchent...

Astrion.

Il laissa le nom résonner.

— Depuis...

Des siècles.

Frère Eamon, jusque-là silencieux, fronça les sourcils avec une intensité nouvelle.

— Des siècles ? répéta-t-il. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ici pour justifier une telle persistance ? Une telle obsession ?

Sa voix trahissait autant la curiosité que l’inquiétude.

Le Général ne répondit pas immédiatement.

Cette fois, le silence fut différent. Plus froid. Plus fermé.

Puis la sentence tomba, nette.

— Information classifiée.

Il marqua une pause.

— Autorisation refusée.

Un léger souffle parcourut le groupe.

Personne ne protesta.

Personne n’insista.

Ce n’était pas une réponse évasive.

C’était un mur.

Un mur qu’ils ne franchiraient pas.

Même maintenant.

Même ici.

Même face à la fin possible de leur monde.

Soudain, la projection changea.

Plusieurs points bleus s’éteignirent d’un coup.

Puis d’autres.

Comme des lumières soufflées dans une nuit trop vaste.

Le Général observa la scène sans bouger, mais une tension imperceptible traversa son immobilité.

— Première ligne...

Engagée.

À peine eut-il terminé sa phrase que la salle entière vibra.

Un grondement sourd parcourut les murs, comme si la forteresse elle-même venait de respirer.

Les cristaux de mana suspendus au plafond pulsèrent plus fort, projetant une nouvelle couche d’informations.

Des dizaines de symboles bleus se mirent en mouvement.

— Ils sortent des casernes... souffla Kael, les yeux écarquillés.

Sur la projection, les unités se déployaient avec une précision presque irréelle.

Aucune panique.

Aucun désordre.

Chaque mouvement semblait anticipé.

Coordonné.

Inévitable.

— Ils montent sur les remparts... ajouta Lyria, fascinée malgré elle.

D’autres symboles prenaient position aux portes principales, formant des lignes de défense parfaites.

Des Veilleurs apparaissaient aux points stratégiques comme s’ils avaient toujours su où se tenir.

Toute la forteresse venait de s’éveiller.

Pas lentement.

Pas progressivement.

Mais d’un seul bloc.

Comme un organisme ancien qui se souvenait soudain de la guerre.

Kael recula légèrement, impressionné.

— Ils se déploient... tous en même temps...

Frère Eamon, lui, ne quittait pas la projection des yeux.

Son regard brillait d’une fascination presque religieuse.

— Toute la garnison reçoit ses ordres... en temps réel... murmura-t-il. Sans messagers. Sans délai. Sans erreur...

Le Général, lui, ne bougeait toujours pas.

Ses yeux restaient fixés sur la carte, imperturbables.

Et pourtant...

Chaque mouvement des Sentinelles semblait répondre à une logique invisible.

Comme si la forteresse entière respirait au rythme de sa volonté.

Vaelor, jusque-là silencieux, comprit alors.

Ce n’était pas seulement un commandement.

Ce n’était pas une armée.

C’était un système.

Un monde entier organisé autour d’une seule intelligence de guerre.

« Il ne commande pas seulement des soldats... »

« Il commande toute la forteresse. »

Quelques secondes plus tard...

Une nouvelle alerte apparut sur la projection.

Cette fois...

Elle provenait des profondeurs.

Une galerie souterraine se mit à clignoter.

Le Général leva lentement la main.

Le reste de la carte disparut.

Seule cette galerie demeura visible.

Elle descendait profondément sous Astrion.

Jusqu'à une immense salle circulaire.

Le Noyau de mana.

Le Général posa un doigt sur cette salle.

— Objectif principal.

Le groupe observa la projection.

— Si...

Le Noyau...

Tombe...

Astrion...

Tombera.

Le silence se fit.

Borik finit par demander :

— Alors envoyez vos Sentinelles, lança Gareth, la voix ferme malgré la tension qui pesait dans la salle.

Le Général ne prit même pas une seconde pour répondre.

— Impossible.

Le mot tomba comme une sentence.

Kael, jusque-là silencieux, releva brusquement la tête.

— Impossible ? répéta-t-il, incrédule. Pourquoi ? On a vu leurs capacités, ils peuvent tenir n’importe quel front !

Le Général ne répondit pas immédiatement. Son regard resta fixé sur la projection de mana, où les points bleus continuaient de se disperser sur les remparts comme une toile vivante.

Il leva lentement la main et désigna l’ensemble du champ de bataille.

— Toutes...

Les unités...

Sont nécessaires...

Aux défenses extérieures.

Il marqua une pause.

— Si elles...

Abandonnent...

Leurs positions...

Les remparts...

Céderont.

Un frisson parcourut l’assemblée.

Gareth comprit immédiatement ce que cela impliquait. Ce n’était pas un simple choix tactique. C’était une équation de survie.

Les Gardiens ne pouvaient pas être partout.

Et s’ils quittaient les murs… Astrion tomberait de l’extérieur avant même que les profondeurs ne soient atteintes.

Le Général reprit, sans changer de ton.

— Les tunnels...

Ne sont...

Plus protégés.

Une nouvelle fenêtre de mana apparut.

Elle représentait plusieurs galeries souterraines.

Certaines étaient effondrées.

D'autres encore praticables.

L'une d'elles menait directement au Noyau.

Le Général tourna enfin son regard vers Gareth.

— Vous.

Tous comprirent immédiatement.

— Vous...

Irez.

Protéger.

Le Noyau.

Un poids invisible sembla s’abattre sur le groupe.

Gareth ne détourna pas le regard, mais ses mâchoires se crispèrent légèrement.

Le Général continua, implacable.

— Ce n'est...

Pas...

Une récompense.

Ni...

Une marque...

De confiance.

Sa voix ne trahissait aucune émotion. Aucun doute. Aucune hésitation.

— C'est...

La seule...

Solution.

Un silence lourd suivit ses paroles.

On entendait presque le bourdonnement du mana dans l’air, comme si la forteresse elle-même retenait son souffle.

Gareth échangea un regard rapide avec ses compagnons.

Vaelor ne dit rien, mais son expression était grave. Il analysait déjà les implications, les risques, les chances de survie.

Borik serra lentement la poignée de son marteau, comme pour s’ancrer dans la réalité.

Kael, lui, déglutit difficilement.

Elena, plus calme, observait la carte des tunnels avec une attention froide, presque clinique.

Personne ne protesta.

Parce qu’ils savaient tous que le Général avait raison.

Vaelor finit par détourner les yeux de la projection.

— S’il reste ici… murmura-t-il, personne ne défendra les profondeurs.

Ce n’était pas une question. Juste un constat.

Borik souffla par le nez, puis posa finalement son marteau sur son épaule avec un bruit sourd.

— Alors on descend.

Kael laissa échapper un rire nerveux, sans joie.

— Finalement… on ne sera jamais tranquilles, hein ?

Elena tourna légèrement la tête vers lui, et un léger sourire, presque imperceptible, effleura ses lèvres.

— Ce serait trop simple, répondit-elle calmement.

Le Général, lui, ne réagit pas à leurs échanges.

Il tendit lentement la main vers le sol.

Une pierre enchâssée dans la dalle s’illumina aussitôt d’une lumière bleutée.

Un grondement sourd parcourut la salle.

Grrrrrrrr…

Le sol vibra.

Puis, dans un mouvement lent mais irrésistible, une immense dalle de pierre se mit à glisser sur le côté, révélant une ouverture béante dans le sol.

L’air qui s’en échappa était ancien.

Lourd.

Comme s’il n’avait pas été respiré depuis des siècles.

Un escalier de pierre apparut, plongeant dans les profondeurs d’Astrion, disparaissant dans une obscurité épaisse, presque vivante.

Un souffle glacé remonta aussitôt, chargé d’une odeur étrange de métal oxydé et de mana ancien, saturé, instable.

Le Général resta immobile un instant, observant l’ouverture comme s’il contemplait quelque chose qu’il connaissait trop bien.

Puis il prononça, d’une voix plus basse, presque solennelle :

— Les Archives...

Protègent...

Le passé.

Son regard glissa lentement vers les ténèbres de l’escalier.

— Le Noyau...

Protège...

L'avenir.

Puis il reporta immédiatement son attention sur la carte de bataille.

Les points rouges continuaient d'avancer.

La guerre venait de commencer.

Et lui...

Avait déjà repris son rôle de commandant.

Sans un mot de plus.

Pour Vaelor, une fenêtre translucide apparut soudain dans son champ de vision, invisible pour tous les autres.

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Nouvelle quête

Quêtes cachées

Descendre dans les profondeurs d’Astrion

Objectif : Protéger le Noyau de mana

Danger : critique

Récompenses :

30 000 XP Épée impériale (Épiques) Affinité avec le mana +10 Schéma de l'armure impériale (épique)

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Son regard se durcit légèrement, mais personne ne remarqua le changement.

Gareth dégaina lentement son épée.

Il regarda chacun de ses compagnons.

Puis Vaelor.

— Notre mission change.

Il désigna les profondeurs.

— Nous descendons.

Sans attendre davantage, le groupe franchit l'ouverture.

Derrière eux...

Le Général silencieux demeurait immobile devant la projection de la bataille.

Comme il l'avait fait pendant près de quatre siècles.

Et devant eux...

Les ténèbres des profondeurs d'Astrion s'ouvraient lentement, prêtes à révéler un secret que personne n'avait contemplé depuis la chute de l'Empire.

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