Le système d'ascension

Chapitre 49 — Tenir la ligne

Le fracas de l'explosion résonnait encore dans toute la salle, comme un écho sans fin qui rebondissait contre les parois de pierre noire.

La lumière bleue qui parcourait les gravures de la gigantesque porte pulsait lentement, irrégulière, comme un cœur blessé qui refusait de s’éteindre. Chaque pulsation faisait trembler l’air lui-même, et l’on aurait presque pu croire que le sceau souffrait… qu’il résistait encore, mais pour combien de temps ?

Personne ne bougeait.

Même le vent semblait avoir disparu.

Puis…

Un bruit.

Un glissement.

Comme des milliers de pas sur de la cendre.

Les créatures du Néant reprirent leur marche.

Calmement.

Sans colère.

Sans précipitation.

Comme si l'attaque précédente n'avait été qu'un simple test.

Leur objectif n'avait jamais changé.

Le sceau.

Toujours le sceau.

— Elles reviennent ! cria Elena, la voix brisée par la tension.

Son arc tremblait légèrement entre ses doigts.

— Tenez vos positions ! ordonna Gareth d’une voix ferme, tranchante comme l’acier.

Borik planta son immense bouclier contre le sol avec un grondement sourd.

La pierre craqua sous le choc.

Son marteau se leva aussitôt, lourd, prêt à écraser tout ce qui oserait approcher.

— Qu’elles viennent ! rugit-il. Je vais leur apprendre à reculer !

Les premières créatures accélérèrent brusquement.

Leur forme se déforma dans l’air, comme si elles glissaient entre les dimensions.

Le choc fut immédiat.

CLANG !

Borik encaissa la première attaque de plein fouet.

Son bouclier vibra si fort que ses bras faillirent céder.

Ses bottes glissèrent sur plusieurs mètres, traçant deux longues marques dans la pierre.

— Elles frappent encore plus fort ! grogna-t-il en serrant les dents.

Kael surgit sur le flanc gauche, rapide comme une ombre.

Son épée décrivit un arc parfait.

SHHK !

Une créature fut fendue en deux.

Mais avant même qu’elle ne disparaisse…

Une seconde la remplaça.

Puis une troisième.

Puis une quatrième.

— Elles se remplacent ! hurla Kael en pivotant immédiatement.

— Elles n’ont pas de formation ! ajouta-t-il. Elles sont la formation !

Lyria leva son bâton, le visage pâle.

— Gel d’entrave !

Une vague de glace explosa du sol.

Le froid se répandit instantanément, figant plusieurs créatures dans des blocs translucides.

Mais déjà…

Une fumée noire s’échappait de leurs corps.

Et la glace se fissurait.

— Ça ne les retient que quelques secondes ! cria Lyria, paniquée.

Frère Eamon recula d’un pas, les mains jointes.

— Lumière sacrée : Purification !

Des sceaux dorés apparurent dans l’air.

Une lumière chaude et violente inonda la galerie.

Les créatures reculèrent.

Pour la première fois…

Elles hésitèrent.

Leur fumée noire se tordait, comme brûlée de l’intérieur.

— Continuez ! ordonna Gareth. Ne leur laissez pas reprendre l’avantage !

Le combat s’intensifia.

Les cris.

Les ordres.

Les impacts.

Les explosions magiques.

Le métal contre le vide.

Le marteau de Borik qui s’abattait comme un jugement.

Tout se mélangeait dans un chaos total.

Mais malgré tout…

Malgré la puissance déployée…

Les créatures continuaient d’avancer.

Toujours.

Inlassablement.

Comme une marée qui ne connaissait ni fatigue ni peur.

Vaelor bondissait d’un adversaire à l’autre.

Son épée traçait des lignes nettes, précises, presque parfaites.

Sa dague frappait les points faibles, les interstices, les instants d’hésitation.

Ses nouvelles compétences faisaient merveille.

Il sentait la différence.

Il était plus rapide.

Plus précis.

Plus dangereux.

Mais…

Cela ne changeait rien.

Chaque créature abattue était immédiatement remplacée.

Chaque blessure infligée se refermait lentement, comme si le Néant lui-même refusait de perdre.

Chaque seconde…

Le groupe reculait.

— BORIK ! À DROITE ! cria Vaelor.

Trop tard.

Un coup massif frappa le guerrier de plein fouet.

BOUM !

Borik fut projeté à genoux, son bouclier fissuré de part en part.

— Je… tiens encore… grogna-t-il en crachant du sang.

Kael tenta une percée.

Trop agressif.

Une créature le frappa en plein torse.

Il fut projeté contre une colonne de pierre.

— Kael ! hurla Elena.

— Je vais bien !… enfin… je crois… répondit-il en se relevant difficilement.

Lyria chancela.

— Je n’ai presque plus de mana… souffla-t-elle. Si je continue… je m’évanouis.

Frère Eamon tremblait.

Ses sceaux étaient moins stables.

— La lumière… faiblit… murmura-t-il.

Même Gareth…

Même lui…

Respirait plus lourdement.

Mais sa voix restait stable.

— On tient la ligne ! Encore un peu !

Vaelor serra les dents.

Il comprit.

Ce n’était pas un combat.

C’était une usure.

Une condamnation lente.

Ils perdaient.

Pas brutalement.

Mais inexorablement.

Et le pire…

C’était qu’ils le savaient tous.

Au milieu du tumulte...

Une fenêtre apparut brusquement devant Vaelor.

────────────────────

Quête critique

Défendre le Noyau de Mana

Échec de la mission :

Mort probable de l'expédition. Rupture du sceau. Libération des prisonniers du Néant.

────────────────────

Vaelor sentit son sang se glacer.

Le Système ne laissait plus aucun doute.

Ils ne survivraient pas ainsi.

Une seconde fenêtre apparut immédiatement.

────────────────────

Points de statistiques disponibles : 40

────────────────────

Son regard se figea.

Quarante.

Depuis son arrivée dans ce monde...

Il n'avait jamais utilisé le moindre point.

Il les avait conservés.

En prévision d'un moment décisif.

Et ce moment...

Était arrivé.

Une créature repoussa Kael.

Une autre contourna Borik.

Vaelor comprit immédiatement.

S'il continuait d'hésiter...

Ils mourraient tous.

— Maintenant...

murmura-t-il.

Une nouvelle fenêtre apparut.

────────────────────

Répartition des statistiques

Force : +10

Endurance : +10

Défense : +8

Vitesse : +8

Intelligence : +4

Confirmer ?

────────────────────

— Confirmer.

Pendant une fraction de seconde...

Le monde sembla ralentir.

Une chaleur intense parcourut immédiatement tout son corps.

Pas une douleur.

Plutôt...

Une puissance nouvelle.

Ses muscles se contractèrent.

Sa respiration devint plus profonde.

Son cœur retrouva un rythme parfaitement stable.

Même sa vision semblait plus nette.

Il sentit le poids de son équipement devenir légèrement plus léger.

────────────────────

Statistiques

Force : 23

• Endurance : 24

• Défense : 19

• Vitesse : 20

• Intelligence : 14

• Mana : 10

Points de statistiques libres : 0

────────────────────

Le marteau d'une créature s'abattit.

Cette fois...

Vaelor arriva avant l'impact.

CLANG !

Son épée dévia complètement l'attaque.

Le monstre fut déséquilibré.

Sa dague frappa aussitôt.

Puis son épée.

Deux coups.

Dans la même ouverture.

La créature fut projetée plusieurs mètres en arrière.

— Vaelor !

cria Gareth.

Le jeune aventurier bondit déjà ailleurs.

Sa vitesse avait changé.

Pas au point de disparaître.

Pas au point de devenir surhumaine.

Mais suffisamment pour arriver une fraction de seconde plus tôt.

Cette simple différence sauva Kael d'un coup mortel.

Puis Borik.

Puis Elena.

À plusieurs reprises.

Pourtant...

Cela ne suffisait toujours pas.

Les créatures continuaient d'affluer.

Toujours plus nombreuses.

Toujours aussi déterminées.

Une nouvelle explosion secoua la galerie.

Borik grogna de douleur.

— Je ne pourrai pas tenir encore longtemps !

Lyria posa un genou au sol.

— Je...

Je n'ai presque plus de mana...

Frère Eamon respirait difficilement.

Même Gareth commençait à présenter plusieurs blessures.

Vaelor comprit alors une terrible vérité.

Ses quarante points de statistiques l'avaient rendu plus fort.

Beaucoup plus fort.

Mais...

Pas assez.

Pas contre un ennemi pareil.

Soudain...

Toutes les créatures s'arrêtèrent net.

En même temps.

Comme si une volonté unique, invisible et écrasante, venait de leur ordonner de cesser tout mouvement.

Le silence retomba brutalement sur la salle.

Un silence anormal.

Lourd.

Presque étouffant.

Même le crépitement des énergies résiduelles sembla disparaître.

Borik essuya d’un revers de main le sang qui coulait de son front, son souffle encore saccadé par l’effort.

— Pourquoi... elles s’arrêtent ? demanda-t-il d’une voix rauque.

Personne ne répondit immédiatement.

Kael jeta un regard inquiet autour de lui, l’épée encore levée.

— C’est un piège ? souffla-t-il.

Lyria, pâle, serra son bâton contre elle.

— Je ne sens plus leur agressivité... mais je ne sens pas non plus de relâchement. C’est pire.

Frère Eamon murmura une prière à voix basse, les yeux fixés sur l’obscurité.

— Ce n’est pas une pause... c’est une attente.

Les créatures du Néant commencèrent alors à reculer lentement.

Un mouvement coordonné.

Parfait.

Presque cérémoniel.

Puis elles s’écartèrent.

Toutes.

Sans exception.

Elles formèrent un immense couloir vivant, bordé de silhouettes immobiles, comme si elles ouvraient volontairement le passage à quelque chose.

Ou à quelqu’un.

Le regard de Gareth se durcit immédiatement.

Son expression changea.

Plus de fatigue.

Plus d’hésitation.

Seulement une certitude glaciale.

— Non...

murmura-t-il.

Sa main se resserra sur la garde de son arme.

— Ce n’est pas bon... pas du tout.

Un frisson parcourut l’ensemble du groupe.

Même Borik, pourtant habituellement impassible, sentit son estomac se nouer.

— Commandant... qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Elena, la voix tremblante.

Gareth ne répondit pas tout de suite.

Ses yeux fixaient le fond du couloir formé par les créatures.

Là où l’obscurité était la plus dense.

La plus profonde.

Il ne clignait même plus des yeux. Comme si le moindre battement de paupière pouvait lui faire manquer quelque chose d’essentiel.

— Quelque chose arrive... dit-il enfin.

Sa voix était basse.

Contrôlée.

Mais tendue, comme une corde prête à rompre.

— Quelque chose que même elles... respectent.

Il n’avait pas besoin de préciser de quoi il parlait.

Tout le monde l’avait compris.

Un pas résonna alors.

Lent.

Lourd.

Profond.

BOUM...

Le sol vibra légèrement sous leurs pieds.

Une fine pluie de poussière se détacha des parois, tombant comme une cendre ancienne.

Les torches vacillèrent violemment, projetant des ombres instables sur les murs, comme si la galerie elle-même hésitait à rester debout.

Borik serra les dents.

— C’est quoi ce truc... ?

Sa voix trahissait pour la première fois une vraie inquiétude.

Un second pas répondit.

BOUM...

Plus fort.

Plus proche.

Cette fois, la vibration remonta jusque dans leurs os.

Chaque impact faisait trembler la structure entière de la galerie.

Comme si la montagne elle-même réagissait à cette présence, incapable de l’ignorer.

Les créatures du Néant restaient parfaitement immobiles.

Aucune ne bougeait.

Aucune ne respirait.

Même leurs formes semblaient s’être figées dans une attente contre-nature.

Elles attendaient.

Obéissantes.

Ou peut-être...

Respectueuses.

— Elles ne bougent même pas... murmura Kael, incrédule.

Sa main tremblait légèrement sur son arme.

— Comme si elles avaient peur... ajouta Lyria, la voix plus basse qu’un souffle.

Frère Eamon serra les dents.

Son regard ne quittait pas l’obscurité.

— Ou comme si elles reconnaissaient leur maître...

Le mot tomba dans le silence comme une pierre dans un puits sans fond.

Le silence devint insupportable.

Presque douloureux.

Puis un autre pas.

BOUM...

Encore plus proche.

Cette fois, la pression dans l’air changea.

Comme si quelque chose comprimait l’espace lui-même.

Vaelor sentit son cœur se contracter violemment.

Son instinct, affûté par les combats récents, hurlait désormais sans retenue.

Danger.

Pas un danger ordinaire.

Pas un ennemi comme les autres.

Quelque chose de bien pire.

Quelque chose qui ne se contente pas de tuer.

Mais qui écrase.

Il resserra instinctivement ses deux armes.

Ses doigts se crispèrent sur les poignées jusqu’à en blanchir ses jointures.

Son souffle se stabilisa malgré lui, comme si son corps refusait de céder à la panique.

Son esprit, lui, calculait déjà.

Distances.

Angles.

Issues possibles.

Mais aucune ne semblait suffisante.

Son corps se préparait déjà.

Sans qu’il ait besoin d’y penser.

Gareth leva légèrement son arme, sans quitter l’obscurité des yeux.

Son visage était dur, mais ses pupilles trahissaient une tension rare.

— Tout le monde... dit-il d’une voix ferme.

Mais plus basse qu’avant.

Presque un avertissement.

— Préparez-vous.

Personne ne répondit.

Personne n’osa.

Un dernier silence.

Lourd.

Épais.

Puis...

Un nouveau pas.

BOUM...

Et cette fois...

L’ombre au fond du couloir sembla bouger.

Visit and read more novel to help us update chapter quickly. Thank you so much!

Report chapter

Use arrow keys (or A / D) to PREV/NEXT chapter