Le système d'ascension

Chapitre 55 — Le dernier Veilleur

Le Geôlier rugit.

Un rugissement si profond qu’il sembla ne pas venir d’une gorge, mais des entrailles mêmes de la forteresse. Les murs tremblèrent violemment, des fissures serpentèrent dans la pierre ancienne, et plusieurs aventuriers perdirent l’équilibre sous la puissance de l’onde sonore.

— Par tous les dieux… souffla Borik en serrant son marteau. C’est pas un cri… c’est une catastrophe.

La fissure du sceau, au centre de la salle, continuait de pulser comme un cœur malade.

La lumière violette s’en échappait par à-coups, comme si quelque chose, de l’autre côté, frappait encore et encore pour sortir.

Mais la porte résistait.

Encore.

Toujours.

Le Général, lui, ne bougeait pas.

Son immense épée reposait plantée devant lui, comme une stèle funéraire. Son armure noire absorbait la lumière du sceau, ne renvoyant qu’un reflet terne, presque mort.

Pour la première fois depuis le début du combat…

Il ne chargea pas.

Il ne recula pas non plus.

Il attendait.

Le Geôlier comprit immédiatement.

Un silence étrange tomba, juste avant que son rire ne résonne.

Un rire grave, lent, presque satisfait.

— Enfin…

Sa voix vibra dans toute la salle, comme si elle venait de partout à la fois.

— Tu as compris.

Le Général ne répondit pas.

Il ne daigna même pas tourner la tête.

Son regard restait fixé sur la porte.

Puis il observa les Veilleurs.

Puis les aventuriers.

Un à un.

Comme s’il les comptait.

Comme s’il les jugeait.

Enfin…

Son regard s’arrêta sur Gareth.

Le vétéran sentit immédiatement le poids de cette attention.

— Commandant.

Sa voix était calme.

Trop calme.

Gareth redressa aussitôt la tête, malgré la tension qui lui broyait la poitrine.

— Général.

Un silence lourd s’installa entre eux.

Puis le Général parla.

Sa voix n’était ni forte ni faible.

Elle était ancienne.

— Cette forteresse…

Il marqua une pause.

Comme s’il choisissait chaque mot depuis des siècles.

— N’a été bâtie que pour une seule raison.

Il leva lentement son épée.

Le métal grinça contre la pierre.

— Mourir avec lui.

Un frisson parcourut immédiatement la salle.

Même les plus endurcis des aventuriers sentirent leur sang se glacer.

— Mourir… avec quoi ? murmura Lyria, la voix brisée.

Gareth fit un pas en avant, brutal, instinctif.

— Non !

Sa voix claqua comme un ordre de champ de bataille.

— Il doit exister une autre solution ! On peut sceller la faille autrement ! On peut—

Le Général tourna lentement la tête vers lui.

Le mouvement était lent.

Inévitable.

— Elle existait.

Gareth se figea.

Un court silence.

Un silence pire que le rugissement du Geôlier.

— Il y a huit cents ans.

Chaque mot tombait comme une pierre dans un puits sans fond.

— Aujourd’hui…

Il baissa légèrement son épée.

— Il ne reste que moi.

Personne ne parla.

Même Borik, pourtant toujours prompt à jurer ou contester, détourna le regard.

Frère Eamon serra son chapelet si fort que ses doigts blanchirent.

Le Général reprit.

— Les Veilleurs n’ont jamais été une armée.

Il tourna légèrement son arme vers les rangs dispersés de ses soldats.

— Ils sont un serment.

Un serment vivant.

Il leva son épée vers la voûte de la salle.

Et sa voix changea.

Devenant plus dure.

Plus tranchante.

— Veilleurs.

Ce mot seul suffit.

La forteresse répondit.

Pas par un bruit.

Mais par une sensation.

Comme si les pierres elles-mêmes reconnaissaient l’ordre.

Les combats cessèrent instantanément.

Les créatures du Néant, encore en train de se battre, s’immobilisèrent un instant… avant d’être ignorées.

Les Veilleurs encore debout interrompirent leurs affrontements en même temps, comme si une main invisible avait arrêté leurs gestes.

— Qu’est-ce qu’ils font… ? souffla Kael, l’épée levée.

Ils reculèrent.

Un pas.

Puis un autre.

Puis, lentement…

Ils commencèrent à se repositionner.

Ce n’était plus une formation militaire.

Ce n’était plus une ligne de défense.

C’était un cercle.

Un immense cercle parfait autour de la porte scellée.

Autour du Geôlier.

Autour du destin de la forteresse.

Un à un…

Ils plantèrent leurs armes dans le sol.

CLANG.

Le premier son résonna comme un coup de tonnerre.

CLANG.

Le second répondit.

CLANG.

Puis encore.

Encore.

Encore.

Le métal frappant la pierre se transforma en une mélodie lourde, rituelle, presque sacrée.

— Ils… ils abandonnent le combat ? demanda Lyria, horrifiée.

— Non… répondit Frère Eamon d’une voix tremblante. Ils ne l’abandonnent pas…

Une lumière commença à naître.

D’abord faible.

Puis de plus en plus intense.

Les armures des Veilleurs se mirent à briller d’un blanc pur, presque irréel.

Une lumière qui n’avait rien de magique ordinaire.

C’était autre chose.

Plus ancien.

Plus profond.

Vaelor sentit immédiatement quelque chose changer dans l’air.

Une pression.

Un flux.

Un mouvement invisible.

Il activa discrètement son Analyse.

Une fenêtre apparut devant ses yeux.

Mais même sans elle…

Il l’aurait compris.

Frère Eamon tomba à genoux.

— Mon Dieu…

Sa voix tremblait.

— Ils… ils transfèrent leur mana…

Gareth serra les dents.

— À quoi ?

Le prêtre leva les yeux vers le Général.

— À lui.

Un silence total.

Puis la vérité tomba comme une sentence.

— Ils alimentent le sceau…

Vaelor resta figé.

Le flux de mana traversait la forteresse comme une marée invisible, convergeant vers le Général, vers son épée, vers la porte.

Le Geôlier, lui, cessa de rire.

Pour la première fois.

Son ton changea.

— Non…

Un grondement plus bas.

Plus dangereux.

— NON !

Il se jeta en avant.

Et la guerre recommença.

Rituel impérial détecté.

Les Veilleurs transfèrent leur noyau de mana.

Destination :

Arme du Général.

────────────────────

Vaelor releva brusquement les yeux.

Il comprit.

Ils donnaient tous leur existence.

Au Général.

Le Geôlier comprit lui aussi.

Son rire disparut.

Pour la première fois...

Une véritable colère traversa sa voix.

— NON !

Il bondit.

Le sol éclata sous son impulsion.

Toute sa puissance explosa d'un seul coup.

Les chaînes qui entouraient son corps se brisèrent les unes après les autres.

Une immense vague de mana noir envahit la salle.

Le Geôlier fonçait droit sur le Général.

Il avait compris.

S'il échouait maintenant...

Il retournerait dans sa prison.

Peut-être pour toujours.

Le Général leva lentement son épée.

Elle brillait désormais d'une lumière presque aveuglante.

Toute l'énergie des Veilleurs s'y concentrait.

Les anciennes runes impériales illuminaient désormais toute la forteresse.

Le Geôlier arriva.

Le Général parla une dernière fois.

— Mission...

Accomplie.

Puis...

Il retira lentement son casque.

Tous les aventuriers restèrent figés.

Sous l'acier apparaissait le visage d'un homme.

Une quarantaine d'années.

Le regard fatigué.

Paisible.

Comme si huit siècles d'attente venaient enfin de prendre fin.

Il observa une dernière fois les aventuriers.

Son regard s'arrêta sur Vaelor.

Un léger sourire apparut.

— Merci...

Sa voix n'était plus mécanique.

Simplement humaine.

— Continue.

Il se retourna.

Enfonça profondément son épée dans le sol.

Et toute la forteresse s'illumina.

Une colonne de lumière gigantesque monta jusqu'au ciel.

Tous les Veilleurs explosèrent simultanément en milliers de particules lumineuses.

Leurs armures tombèrent lentement en poussière.

Le Général disparut à son tour.

Son corps entier se transforma en lumière.

Le Geôlier poussa un hurlement monstrueux.

— NOOOOOON !

Les chaînes lumineuses jaillirent du sceau.

Des centaines.

Puis des milliers.

Elles s'enroulèrent autour de la créature.

Le mana impérial dévora peu à peu le mana du Néant.

Le Geôlier tenta de résister.

En vain.

Son armure se fissura.

Son corps commença à se désagréger.

— IMPOSSIBLE...

Le Général n'existait déjà plus.

Son corps s'était entièrement dissous dans la lumière, comme s'il n'avait jamais été qu'un souvenir gravé dans le mana de la forteresse.

Pourtant, sa voix résonna une dernière fois.

Faible.

Lointaine.

Mais parfaitement claire.

— Pour...

Il y eut un court silence, comme si même l'écho hésitait à continuer.

— L'Empire...

Puis...

Plus rien.

Le mot s'éteignit dans l'air, laissant derrière lui un vide plus lourd que le combat lui-même.

Le silence retomba.

Un silence total.

Écrasant.

Même le mana semblait avoir cessé de respirer.

La lumière qui enveloppait encore la salle commença à se dissiper lentement, comme une marée qui se retire après une tempête.

Les chaînes lumineuses, qui maintenaient encore le sceau quelques instants plus tôt, se désagrégèrent une à une.

Elles ne tombèrent pas.

Elles s'effacèrent.

Comme si elles n'avaient jamais existé.

Le Geôlier...

n'était plus là.

Aucune trace.

Aucune présence.

Même le vide qu'il laissait derrière lui semblait avoir été effacé.

Les créatures du Néant, elles aussi, disparurent sans bruit.

Pas de hurlement.

Pas de désintégration.

Juste une absence soudaine, comme si la réalité avait décidé de les oublier.

En quelques secondes...

La forteresse entière retrouva un calme absolu.

Un calme irréel.

Presque sacré.

Le sol, encore fissuré par l’affrontement, semblait désormais figé dans une paix étrange, comme si la violence n’avait été qu’un cauchemar collectif.

L’air lui-même paraissait plus léger.

Plus pur.

Les particules de mana, autrefois chaotiques et instables, dérivaient maintenant doucement, sans direction, comme libérées d’un poids invisible qui les écrasait depuis des siècles.

Il ne restait plus aucun Veilleur.

Plus aucun Général.

Plus aucune armée.

Seulement des milliers de particules lumineuses qui flottaient encore dans l'air, descendant lentement comme une neige d'étoiles tombant d'un ciel invisible.

Elles tournaient doucement sur elles-mêmes, éclairant les ruines de la salle d’une lueur pâle et mélancolique.

Chaque éclat semblait porter un fragment de mémoire.

Un écho.

Une existence éteinte.

Et pourtant…

Rien ne s’effondrait.

La forteresse tenait encore debout.

Comme si elle refusait, elle aussi, d’admettre la fin de ceux qui l’avaient habitée.

Le temps, lui, semblait suspendu.

Comme s’il hésitait à reprendre son cours après ce qu’il venait de voir.

Elles tournaient doucement, sans direction.

Certaines effleuraient les murs.

D'autres passaient à travers les armes abandonnées.

Comme si les derniers fragments de leurs âmes hésitaient encore à quitter ce monde.

Au centre de la salle...

Deux objets demeuraient.

Le casque du Général.

Lourd.

Froid.

Inerte.

Et son immense épée.

Plantée profondément dans la pierre, comme si elle refusait encore de reconnaître la fin de son maître.

Vaelor s'en approcha lentement.

Chaque pas résonnait dans le silence.

Il posa doucement une main sur le casque.

Le Système apparut immédiatement.

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Quête accomplie

Les derniers Veilleurs

Objectif :

Protéger le Noyau de Mana d'Astrion

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Récompenses obtenues

+30 000 XP

Épée impériale(Épique)

Affinité avec le mana : +10

Schéma de fabrication : Armure impériale(Épique)

Titre obtenu : Héritier d'Astrion

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Une seconde fenêtre apparut.

────────────────────

Titre : Héritier d'Astrion

Vous êtes reconnu comme le dernier témoin de la chute des Veilleurs.

Effets :

+15 % de Résistance au mana du Néant. Les vestiges de l'Empire vous reconnaissent désormais comme un allié. Certaines reliques impériales pourront désormais répondre à votre présence.

────────────────────

Vaelor resta immobile.

Autour de lui...

Les dernières particules lumineuses montèrent lentement vers la voûte avant de disparaître définitivement.

L'ère des Veilleurs venait de s'achever.

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