Le système d'ascension

Chapitre 56 — L'héritage d'Astrion (fin de l'arc 1.)

Le chemin du retour se déroula dans un silence presque religieux, si profond qu’il en devenait presque oppressant.

Personne ne parlait.

Même le moindre souffle semblait retenu, comme si chacun craignait de briser quelque chose d’invisible, quelque chose qui venait de se fissurer au plus profond d’eux.

Les bottes des aventuriers résonnaient doucement sur les vieilles pierres de la forteresse, un écho régulier et creux, tandis qu’ils remontaient lentement vers la sortie. Chaque pas semblait plus lourd que le précédent, comme si les profondeurs d’Astrion tentaient encore de les retenir, de les engloutir dans leur mémoire.

Le combat était terminé.

Mais la tension, elle, ne s’était pas dissipée.

Le Geôlier avait disparu.

Les Veilleurs également.

Pourtant…

Aucun sentiment de victoire ne régnait dans le groupe.

Il n’y avait ni soulagement, ni joie, ni même fierté.

Seulement un vide étrange, difficile à nommer.

Borik marchait tête baissée, sa lourde hache reposant sur son épaule. Ses doigts serraient encore le manche avec une force inconsciente, comme s’il refusait de lâcher prise sur ce qu’il venait de vivre.

Même lui, habituellement si bruyant, si prompt à rire ou à jurer, gardait le silence. Son absence de paroles en disait bien plus que n’importe quel discours.

Kael avançait en tête, le regard perdu devant lui. Ses yeux ne semblaient plus vraiment voir le chemin, mais plutôt les images encore fraîches du combat, les ombres, les cris étouffés, et cette sensation persistante d’avoir frôlé quelque chose de bien plus grand que lui.

Lyria, elle, ne quittait pas les alentours des yeux. Son regard glissait sans cesse sur les couloirs, les escaliers, les ouvertures sombres, comme si elle s’attendait encore à voir surgir une nouvelle menace, un dernier piège, un dernier ennemi oublié par la mort.

Frère Eamon murmurait une prière presque inaudible, ses lèvres bougeant à peine. Ses mots se perdaient dans l’air froid de la forteresse, comme s’il cherchait à apaiser non seulement les esprits des morts… mais aussi les siens.

Quant à Vaelor…

Il gardait une main posée sur le fourreau de l’épée impériale.

Un geste simple, presque instinctif, mais chargé de sens. Comme si cette lame était désormais le dernier lien tangible entre lui et ce qu’ils venaient de traverser.

Il repensait aux derniers mots du Général.

"Continue..."

Un seul mot.

Et pourtant, il pesait plus lourd que tout le reste.

Ces mots résonnaient encore dans son esprit, inlassablement, comme un écho qui refusait de s’éteindre. Ils n’étaient pas une simple consigne. Ils ressemblaient davantage à un héritage, à une responsabilité transmise dans les derniers instants d’un monde en train de s’effondrer.

Après plusieurs heures de marche, les immenses portes d’Astrion réapparurent enfin, se découpant dans la pénombre des couloirs supérieurs comme une promesse de sortie… ou un dernier adieu.

La lumière du soleil les aveugla presque lorsqu’ils quittèrent les profondeurs de la forteresse. Après tant de temps passé dans l’obscurité, le monde extérieur semblait irréel, trop vaste, trop vivant.

Ils ne se retournèrent qu’une seule fois.

Un regard bref, presque involontaire.

La cité impériale demeurait silencieuse.

Éternellement figée.

Comme si le temps lui-même avait décidé de l’abandonner.

Ses derniers défenseurs venaient d’accomplir leur mission.

Et avec eux…

Une page entière de l’Histoire venait de se refermer.

En fin d'après-midi, les remparts de la ville apparurent enfin à l’horizon, découpés contre un ciel orangé où le soleil déclinant jetait ses dernières lueurs. Après des jours passés dans les profondeurs d’Astrion, la simple vision de la cité humaine avait quelque chose d’irréel, presque étranger.

Les gardes postés sur les murailles les repérèrent immédiatement. Un court instant de silence suivit, comme s’ils hésitaient à croire ce qu’ils voyaient, puis l’un d’eux ouvrit de grands yeux.

— L’expédition est de retour !

Le cri se répercuta d’un poste à l’autre, se propageant comme une onde à travers les remparts. Les portes s’ouvrirent dans un grincement lourd, et les passants commencèrent à se rassembler, attirés par l’agitation soudaine.

Quelques instants plus tard, lorsque les deux groupes de l’expédition franchirent les portes de la Guilde — l’équipe d’exploration principale et celle de soutien qui les avait accompagnés en parallèle — la grande salle était déjà pleine à craquer. Des dizaines d’aventuriers s’étaient massés à l’intérieur, interrompant leurs discussions, leurs verres, leurs entraînements. Tous avaient été alertés par la rumeur.

Le bruit s’éteignit presque instantanément.

Un silence inhabituel, presque solennel, s’installa.

Tous les regards convergèrent vers eux.

Mais ce n’étaient plus les mêmes hommes et femmes qui étaient partis.

Leurs armures portaient les traces de combats récents, leurs visages étaient marqués par la fatigue, et surtout… quelque chose dans leur regard avait changé. Une gravité nouvelle, comme s’ils avaient vu quelque chose qu’aucun d’eux ne pourrait oublier.

Le maître de Guilde descendit aussitôt de l’estrade, son manteau flottant derrière lui. Son expression, d’ordinaire calme et autoritaire, s’était durcie.

— Gareth.

Le vétéran s’avança d’un pas, puis s’inclina légèrement, sans cérémonie inutile.

— Nous avons un rapport à remettre.

Sa voix était basse, rauque, mais parfaitement assurée. Et surtout… elle ne laissait aucune place au doute. Ce qu’ils avaient découvert n’avait rien d’une mission ordinaire.

Le maître de Guilde comprit immédiatement. Sans poser de questions, il fit un signe sec aux responsables présents dans la salle.

— Salle de réunion. Maintenant.

Personne ne protesta.

Quelques minutes plus tard, les portes épaisses de la salle de réunion se refermèrent derrière eux, isolant le groupe du reste de la Guilde. L’atmosphère y était plus lourde encore, éclairée par quelques lampes à huile qui projetaient des ombres tremblantes sur les murs de pierre.

Gareth resta un instant immobile, comme s’il cherchait ses mots. Puis il inspira profondément.

Et il commença.

Il parla d’Astrion.

Des Archives enfouies sous la forteresse.

Des Veilleurs, ces gardiens oubliés qui avaient tenu leur poste jusqu’à la fin.

Du Général.

Du Noyau.

Du Geôlier.

Et enfin… du sacrifice.

Sa voix ne tremblait pas, mais chaque mot semblait peser une tonne dans la pièce.

Personne ne l’interrompit.

Même les plus sceptiques restaient silencieux, les bras croisés, le regard fixé sur lui, comme s’ils craignaient de briser quelque chose en parlant.

Le silence devenait de plus en plus lourd à mesure que le récit avançait, s’épaississant comme une brume invisible.

Lorsque Gareth termina enfin, un long moment de vide suivit. Personne n’osa parler immédiatement, comme si le monde lui-même venait de changer de nature.

Le maître de Guilde resta immobile plusieurs longues secondes. Son regard était perdu dans le vide, comme s’il tentait de mesurer l’ampleur de ce qu’il venait d’entendre.

Puis il souffla lentement.

— Ainsi…

Il releva les yeux.

— Astrion n’était pas une simple forteresse oubliée.

Il posa lentement ses deux mains sur la table, ses doigts se crispant légèrement sur le bois.

— Elle retenait enfermée une menace capable de mettre en péril tout le royaume.

Un silence encore plus profond s’abattit sur la pièce.

Le maître de Guilde inspira, puis reprit d’une voix plus ferme, presque froide.

— Cette affaire dépasse désormais les compétences de notre Guilde.

Il se tourna brusquement vers un officier debout près de la porte.

— Préparez immédiatement un rapport officiel.

— Oui, Maître.

— Et faites partir un cavalier pour la capitale.

Il marqua une courte pause.

— Le plus rapide.

L’officier acquiesça sans perdre une seconde et quitta la salle presque en courant.

Quelques instants plus tard, dans la cour intérieure de la Guilde, un sceau officiel fut apposé sur un épais rouleau de parchemin. Le document était lourd de conséquences, scellé avec une cire rouge marquée de l’emblème de la Guilde.

Le maître de Guilde le prit lui-même et le remit au messager déjà en selle.

— Tu rouleras jour et nuit.

Sa voix ne laissait aucune place à l’hésitation.

— Aucun arrêt inutile. Pas même pour dormir.

Le cavalier serra les rênes, le regard déterminé.

— À vos ordres.

Il fit faire demi-tour à sa monture.

Quelques secondes plus tard, le bruit des sabots résonnait déjà sur les pavés, s’éloignant rapidement vers la route principale menant à la capitale.

Le royaume allait bientôt apprendre ce qui s’était réellement passé à Astrion.

En quittant la Guilde, Vaelor ressentit enfin la fatigue accumulée pendant toute l'expédition.

Lorsqu'il poussa la porte de la forge familiale, Marcus leva immédiatement les yeux.

— Te voilà.

Son regard descendit aussitôt vers l'épée accrochée au côté de son fils.

Il fronça légèrement les sourcils.

— Cette lame...

Vaelor la détacha calmement de sa ceinture.

— Je l'ai obtenue pendant la mission.

Marcus la prit délicatement entre ses mains, comme s’il craignait qu’un simple geste trop brusque puisse altérer quelque chose d’irremplaçable. Le métal, pourtant froid et inerte, semblait entre ses doigts presque vivant, comme chargé d’une histoire ancienne qu’il était le seul à pouvoir lire.

Il ne parla plus.

Son regard se fit immédiatement plus sérieux, plus profond. Toute la fatigue de la journée disparut de son expression, remplacée par une concentration absolue, celle d’un artisan face à une œuvre qui dépasse son entendement.

Il observa d'abord la garde.

Ses doigts effleurèrent à peine les gravures, suivant les lignes avec une précision presque religieuse. Chaque symbole, chaque courbe semblait avoir été pensé avec une intention claire, sans la moindre erreur, sans le moindre excès.

Puis la lame.

Il la tourna légèrement, laissant la lumière glisser sur le métal. Un éclat pur, presque trop parfait pour être naturel, se refléta dans ses yeux. Il plissa légèrement le regard, comme s’il cherchait une imperfection… mais n’en trouva aucune.

Puis l'équilibrage.

Il inclina l’arme, testant son poids, sa répartition, la manière dont elle répondait au moindre mouvement. Son expression changea subtilement, trahissant une surprise qu’il ne cherchait même plus à cacher.

Il fit lentement tourner l'épée devant la lumière.

Le geste était lent, méthodique, presque cérémoniel. Comme s’il ne s’agissait plus d’une simple arme, mais d’un objet sacré qu’il découvrait pour la première fois.

Son regard devenait de plus en plus concentré.

Les secondes s’étiraient. Puis les minutes. Et pourtant, Marcus ne semblait pas pressé. Il observait, encore et encore, comme s’il espérait comprendre comment une telle perfection pouvait exister.

Après plusieurs longues minutes...

Il souffla doucement, un souffle chargé d’étonnement sincère, presque incrédule.

— Incroyable...

Le mot était simple, mais il portait un poids immense venant de lui.

Vaelor resta silencieux.

Il n’osait pas interrompre ce moment. Il se contentait d’observer son père, habitué pourtant à voir des armes, des lames, des créations de toutes sortes… mais jamais dans cet état.

Marcus passa lentement un doigt près du fil de la lame, sans jamais le toucher directement, comme s’il respectait une limite invisible qu’il ne devait pas franchir.

— Regarde cette trempe...

Sa voix était plus basse, presque admirative.

Il secoua légèrement la tête, incapable de dissimuler son étonnement.

— Les proportions sont parfaites.

Il continua son inspection, tournant légèrement l’arme sous différents angles, cherchant encore, par réflexe, ce que son expérience lui dictait de trouver… une faille, une faiblesse, une erreur.

Mais il n’y avait rien.

— Le centre de gravité...

Il s’interrompit un instant, comme s’il recalculait mentalement ce qu’il ressentait.

— Exact.

Il hocha lentement la tête, comme pour confirmer une vérité difficile à accepter.

— L'épaisseur du dos de la lame...

Il fit une pause plus longue cette fois, ses sourcils légèrement froncés.

— Parfaitement équilibrée.

Le mot semblait presque insuffisant.

Il releva finalement les yeux vers son fils.

Et à cet instant, Marcus n’était plus seulement un forgeron.

C’était un homme face à quelque chose qui dépassait son propre savoir.

Une véritable admiration brillait dans son regard, rare, sincère, presque émue.

— Celui qui a forgé cette épée était un maître.

Il marqua une courte pause, comme s’il refusait encore d’accepter que cela puisse être plus complexe.

Non...

Il secoua légèrement la tête, corrigeant lui-même ses propres mots.

— Un très grand maître.

Il rendit doucement l'arme à Vaelor, avec un respect presque solennel, comme s’il lui confiait quelque chose de précieux.

— Je n'ai jamais vu un travail d'une telle qualité.

Le jeune aventurier contempla quelques instants la lame.

Le silence s’installa entre eux, lourd mais pas inconfortable.

Vaelor comprenait désormais pourquoi Marcus semblait aussi impressionné. Ce n’était pas seulement une bonne arme. C’était une œuvre qui dépassait les standards connus, quelque chose qui appartenait à une autre époque… ou à un autre niveau de maîtrise.

La nuit était tombée lorsqu'il rejoignit finalement sa chambre.

Il posa soigneusement l'épée impériale sur son bureau.

Puis il activa son Système.

— Inventaire.

Une fenêtre apparut.

Il sélectionna immédiatement l'épée.

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Épée impériale

Rareté : Épique

Qualité : Exceptionnelle

Durabilité : Exceptionnelle

Effets :

Force +50 Vitesse +25 Défense +15 Tranchant exceptionnel Excellente conductivité du mana

Description :

Forgée par les maîtres forgerons impériaux.

Conçue pour les officiers de haut rang de l'Empire.

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Vaelor contempla longuement la fiche.

Même après tout ce qu'il avait découvert...

Cette arme restait exceptionnelle.

Il referma la fenêtre.

Puis consulta son nouveau titre.

────────────────────

Titre

Héritier d'Astrion

Vous êtes reconnu comme le dernier témoin de la chute des Veilleurs.

Effets :

Résistance au mana du Néant +15 % Les vestiges de l'Empire vous reconnaissent comme un allié. Certaines reliques impériales pourront réagir à votre présence.

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Vaelor resta silencieux.

Il ne s'agissait pas simplement d'une récompense.

Le Général lui avait transmis bien davantage qu'un titre.

Il lui avait transmis une mémoire. Une volonté. Un fragment d'un serment qui avait traversé les siècles sans jamais faiblir. Et désormais, sans vraiment comprendre comment, Vaelor en portait le poids.

Il lui avait laissé un héritage.

Il referma lentement toutes les fenêtres du Système.

La chambre retrouva son silence.

Son regard se posa une dernière fois sur l'épée impériale.

La lame reposait là, immobile, et pourtant elle semblait encore vibrer d'une présence ancienne. Comme si elle n'était pas totalement revenue avec lui. Comme si une partie d'Astrion s'y accrochait encore.

Puis il souffla doucement.

— Reposez en paix...

Le Général.

Les Veilleurs.

Astrion.

Chaque nom tomba dans le silence comme une pierre dans un lac immobile, sans éclaboussure, mais avec des ondes profondes qui s'étendirent longtemps après.

Leur mission était terminée.

Leur combat avait trouvé sa fin dans les profondeurs de la forteresse, là où le temps lui-même semblait s'être arrêté.

Mais, quelque part, Vaelor savait déjà que les conséquences de cette expédition ne faisaient que commencer.

Au loin...

Sur la route menant à la capitale...

Un cavalier galopait sans relâche sous la lumière froide de la lune, son cheval écumant, ses sabots frappant la terre avec urgence. Le message qu'il transportait n'était pas un simple rapport. C'était une alerte. Un avertissement.

Et, avec lui...

Une nouvelle page de l'Histoire du royaume était déjà en train de s'écrire.

fin de l'arc 1.

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