Les immenses murailles de Valéria grandissaient à mesure que le groupe avançait, jusqu’à occuper tout l’horizon. Plus ils s’en approchaient, plus elles semblaient écraser le paysage environnant, comme si la ville elle-même avait été taillée dans la montagne et non construite par des hommes.
Même après les avoir aperçues de loin, leur véritable taille restait difficile à imaginer. De près, elles donnaient le vertige. On aurait dit un rempart sans fin, s’étendant d’un bout à l’autre du royaume, conçu non pas pour protéger une simple cité, mais pour défier le monde entier.
Construites dans une pierre blanche parcourue de fines veines argentées, elles semblaient défier le temps. La surface lisse reflétait la lumière du soleil comme une lame polie, et malgré les siècles, aucune fissure ni trace d’usure ne venait troubler leur perfection. On racontait que cette pierre provenait des anciennes carrières sacrées du nord, là où la magie imprégnait encore le sol.
Tous les cinquante mètres, une tour de garde dominait les plaines environnantes. Hautes et élancées, elles s’élevaient comme des sentinelles silencieuses, prêtes à sonner l’alerte au moindre danger. De petites ouvertures percées dans la pierre laissaient entrevoir des silhouettes en armure, immobiles, observant l’horizon avec une vigilance constante.
Des archers observaient les routes, leurs arcs déjà en main, même en temps de paix. Rien ne semblait laissé au hasard. Chaque mouvement autour de la capitale était surveillé, analysé, contrôlé.
Des bannières royales flottaient au vent, frappées du lion couronné du royaume de Valéria. Le tissu claquait doucement dans l’air, comme un rappel constant de l’autorité du trône. Les couleurs vives contrastaient avec la blancheur froide des murailles, donnant à l’ensemble une allure presque solennelle.
Au-dessus de la porte principale, le lion couronné du royaume semblait veiller sur tous ceux qui entraient dans la capitale. Sculpté dans la pierre avec une précision impressionnante, il dominait l’entrée comme une divinité silencieuse. Son regard figé paraissait suivre chaque voyageur, jugeant sans jamais parler.
Borik leva légèrement la tête, les yeux écarquillés devant l’immensité de la structure.
— On pourrait presque croire que ces murailles sont une montagne...
Sa voix trahissait un mélange d’admiration et d’incrédulité. Même lui, pourtant habitué aux forteresses, semblait minuscule face à une telle construction.
Kael esquissa un sourire, sans quitter les remparts des yeux.
— Elles ont déjà arrêté des armées entières. Et pas des petites.
Il marqua une courte pause, comme s’il se remémorait d’anciennes histoires de guerre.
— Certains disent même qu’elles n’ont jamais été franchies de force.
Le commandant Alaric, en tête du groupe, ne ralentit pas. Son cheval avançait avec une assurance parfaite, comme s’il connaissait chaque pierre du chemin.
— Ouvrez la porte.
Sa voix porta jusqu’aux remparts avec une autorité naturelle, sans qu’il ait besoin de crier. Elle était ferme, tranchante, et ne laissait aucune place à l’hésitation.
Les gardes reconnurent immédiatement son armure de platine. Un léger mouvement parcourut les rangs sur les murailles. Les archers abaissèrent légèrement leurs armes, et les sentinelles se redressèrent.
Quelques instants plus tard...
Un mécanisme ancien s’enclencha dans un grondement sourd. Les chaînes tendues vibrèrent, les engrenages cachés dans la pierre se mirent en mouvement, et les immenses battants de chêne renforcés d’acier commencèrent à s’ouvrir lentement.
Le sol sembla trembler sous la puissance de la porte.
Une ouverture se dessina progressivement, laissant apparaître l’intérieur de la capitale, encore partiellement caché dans l’ombre.
Le groupe pénétra dans la capitale.
Vaelor ralentit instinctivement son cheval, comme si ses gestes eux-mêmes refusaient de troubler la majesté du lieu.
Son regard parcourait chaque rue, avec une attention presque incrédule.
Chaque bâtiment.
Chaque détail.
Chaque mouvement de la foule.
Les avenues étaient bien plus larges que celles de son village, au point qu’on aurait pu y faire passer trois charrettes de front sans qu’elles ne se gênent.
Des pavés parfaitement alignés recouvraient le sol, formant des motifs réguliers qui guidaient naturellement les passants vers les différents quartiers.
De nombreuses fontaines ornaient les places, projetant des jets d’eau cristalline qui scintillaient sous la lumière du soleil. Certaines étaient simples, d’autres sculptées avec une finesse telle qu’on aurait cru voir de la vie figée dans la pierre.
Des statues de héros oubliés bordaient certaines rues, représentant des guerriers, des mages ou des rois d’anciennes époques. Leurs regards de pierre semblaient encore surveiller la ville, comme s’ils refusaient de disparaître complètement de l’histoire.
Les bâtiments comptaient parfois quatre ou cinq étages, une hauteur inimaginable pour Vaelor. Le bois, la pierre et le métal s’entremêlaient dans une architecture à la fois solide et élégante, témoignant d’une richesse et d’un savoir-faire impressionnants.
Les boutiques s'étendaient sur plusieurs dizaines de mètres, leurs enseignes colorées attirant l’œil à chaque coin de rue. On y vendait de tout : des étoffes fines, des armes finement forgées, des potions lumineuses, et même des objets dont Vaelor ne comprenait pas encore l’usage.
La foule était immense.
Marchands.
Artisans.
Nobles.
Soldats.
Voyageurs.
Et au milieu de tout cela, une diversité qui le surprenait encore davantage.
Toutes les races semblaient se côtoyer sans crainte ni tension apparente.
Vaelor aperçut des nains discutant avec des humains autour d’un plan de construction, leurs voix graves et animées trahissant une collaboration ancienne.
Plus loin, deux elfes observaient des bijoux dans une échoppe, échangeant des commentaires à voix basse, presque comme s’ils jugeaient la qualité de la lumière elle-même.
Même quelques hommes-bêtes circulaient librement, certains portant des marchandises, d’autres discutant avec des gardes sans la moindre hostilité.
Il sentit immédiatement que cette ville représentait le véritable centre du royaume, non seulement par sa taille, mais par la vie qui l’animait, par cette impression d’équilibre fragile mais réel entre tant de peuples différents.
Frère Eamon remarqua son étonnement et la manière dont son regard ne cessait de se déplacer, comme s’il tentait d’absorber chaque fragment de ce monde nouveau.
— Impressionnant, n'est-ce pas ?
Vaelor acquiesça lentement, encore un peu perdu dans ce qu’il voyait.
— Je n'imaginais pas un endroit pareil.
Le prêtre sourit doucement, avec une certaine bienveillance dans le regard, comme quelqu’un habitué à voir cet émerveillement chez les nouveaux venus.
— Et pourtant...
Il laissa un court silence, laissant le poids de ses mots s’installer.
— Tu n'as encore vu que les quartiers extérieurs.
Le commandant continua sa route, avançant d’un pas sûr à travers les larges avenues pavées de la capitale.
À mesure qu’il progressait, les habitants s’écartaient naturellement sur son passage, comme si sa simple présence suffisait à imposer le respect. Les conversations s’interrompaient brièvement, les regards se tournaient vers lui, puis reprenaient aussitôt, mais avec une retenue nouvelle.
Plusieurs soldats en patrouille s’arrêtaient net pour le saluer respectueusement, frappant leur poing contre leur poitrine en signe de loyauté. Certains civils, conscients de l’importance de l’homme qui passait, s’inclinaient légèrement, sans ostentation, mais avec une sincère déférence.
L’autorité qu’il dégageait ne faisait aucun doute. Elle n’avait rien de forcé ni de théâtral : elle était naturelle, presque évidente, comme si la ville elle-même reconnaissait sa place.
Après plusieurs longues minutes de progression à travers les quartiers animés, les rues commencèrent progressivement à changer d’atmosphère. Le tumulte des marchés et des échoppes s’atténua peu à peu, laissant place à des voies plus larges, plus ordonnées, où les passants se faisaient plus rares.
Les commerces disparurent graduellement, remplacés par de vastes bâtiments administratifs aux façades imposantes, ornées de colonnes et de gravures officielles. L’architecture devenait plus stricte, plus solennelle, comme si chaque pierre participait à l’organisation du royaume.
Puis, au détour d’une grande avenue, les casernes royales apparurent.
D’immenses structures de pierre et de bois renforcé s’étendaient sur plusieurs hectares, entourées de hauts murs et de cours intérieures parfaitement entretenues. Des centaines de soldats s’y entraînaient sans relâche, formant des rangées disciplinées qui s’affrontaient dans des exercices coordonnés.
Le choc des lames, le froissement des armures et les ordres criés par les instructeurs résonnaient en continu, créant une symphonie martiale qui emplissait l’air.
Vaelor ralentit légèrement, observant quelques instants ces entraînements. Chaque mouvement semblait précis, répété des centaines de fois jusqu’à atteindre une perfection presque mécanique. Les soldats ne laissaient aucune place à l’hésitation.
Leur discipline était remarquable. Rien ne dépassait, rien ne déviait. Tout était contrôlé, maîtrisé, efficace.
Même Borik, pourtant habitué aux combats, semblait impressionné par ce qu’il voyait.
— Voilà une vraie armée... murmura-t-il, presque pour lui-même.
Le commandant Alaric, toujours en tête, répondit sans même tourner la tête, d’une voix calme mais ferme.
— Seulement une partie.
Ils poursuivirent leur progression jusqu'à atteindre une seconde enceinte.
Beaucoup plus imposante.
Plus élégante également.
Le palais royal se dressait juste derrière.
Des jardins parfaitement entretenus entouraient les bâtiments.
De longues allées bordées d'arbres menaient jusqu'à l'entrée principale.
Les chevaux s'arrêtèrent finalement devant un vaste escalier de marbre.
Le commandant descendit de selle.
— Nous y sommes.
Des serviteurs s'approchèrent immédiatement afin de prendre les montures.
Un officier royal vint saluer Alaric.
— Commandant.
Tout est prêt.
Alaric acquiesça.
Puis il se tourna vers les aventuriers.
— Vous serez reçus demain matin.
Cette nuit, vous êtes les invités de la Cour.
Borik ouvrit de grands yeux.
— Nous... dormir ici ?
Même Kael sembla surpris.
Alaric répondit simplement.
— C'est un ordre du roi.
Les aventuriers furent conduits jusqu'à une aile réservée aux invités.
Chacun reçut une chambre.
Lorsque Vaelor entra dans la sienne...
Il resta quelques instants immobile.
Le lit était plus grand que toute sa chambre au village.
Une bibliothèque occupait tout un mur.
Une cheminée diffusait une chaleur agréable.
Même les fenêtres donnaient sur les jardins du palais.
Il déposa lentement son sac.
Puis s'approcha de la fenêtre.
Au loin...
Il apercevait une partie de la capitale.
Des milliers de lumières commençaient déjà à illuminer la ville.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— Quel endroit...
On frappa doucement à sa porte.
— Entrez.
Kael passa la tête.
— Ça te dirait de manger avant de dormir ?
Vaelor acquiesça.
— Avec plaisir.
Quelques minutes plus tard, toute l'équipe partageait un repas dans une petite salle réservée aux invités.
Pour la première fois depuis longtemps...
Personne ne parlait de monstres.
Ni de missions.
Ils échangeaient simplement.
Borik racontait quelques anecdotes de jeunesse.
Lyria riait discrètement.
Même Gareth semblait enfin détendu.
Vaelor observait silencieusement cette scène.
Il se rendait compte d'une chose.
En quelques semaines seulement...
Ces aventuriers étaient devenus bien plus que de simples compagnons de mission.
Ils formaient une véritable équipe.
Alors que le repas touchait à sa fin...
Un serviteur entra discrètement dans la salle.
Il s'inclina respectueusement.
— Messieurs...
Mesdames...
Le Conseil Royal vous recevra demain à la troisième heure après le lever du soleil.
Le silence retomba.
Cette fois...
La réalité revenait.
Demain...
Ils rencontreraient le roi.
Et découvriraient enfin pourquoi Astrion inquiétait autant le royaume tout entier.
Au même instant, bien au-delà des murs du palais...
Dans une tour isolée dominant la capitale...
Une silhouette observait les lumières de Valéria.
Une voix grave résonna dans l'obscurité.
— Les survivants sont arrivés...
Une seconde voix répondit calmement.
— Alors le jeu peut commencer.
La silhouette tourna lentement la tête vers la capitale.
— Espérons qu'ils soient à la hauteur de ce qui les attend...
La nuit recouvrit lentement Valéria.
Sans que personne ne s'en doute...
Une nouvelle partie de l'Histoire était sur le point de s'écrire.
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