Le système d'ascension

Chapitre 6 — Une nuit de répit

La soirée s'installa lentement sur le village d'Aster.

Les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les collines, laissant place à une douce lumière orangée qui baignait les rues du village. Les habitants terminaient leurs tâches quotidiennes avant de rentrer chez eux, tandis que les premières lanternes étaient allumées devant les maisons.

À l'intérieur de la demeure des Asteran, une chaleur réconfortante enveloppait chaque pièce.

Le foyer crépitait doucement.

Une marmite fumante reposait au-dessus des flammes, diffusant une délicieuse odeur de légumes, d'herbes aromatiques et de viande mijotée.

Vaelor était assis autour de la vieille table en bois.

Il observait silencieusement ses parents.

Sa mère allait et venait entre la cuisine et la table, incapable de rester en place plus de quelques secondes. Depuis son retour, elle ne cessait de lui demander s'il avait faim, s'il avait froid, s'il était blessé ou s'il avait besoin de quelque chose.

À plusieurs reprises, elle s'était arrêtée simplement pour le regarder.

Comme si elle avait encore peur qu'il disparaisse.

Garren, lui, demeurait beaucoup plus silencieux.

Assis face à son fils, il réparait machinalement le manche d'un marteau usé.

Ses gestes étaient précis, réguliers.

Mais Vaelor remarqua rapidement que son père s'interrompait parfois quelques instants pour lever discrètement les yeux vers lui.

Lui aussi semblait avoir besoin de s'assurer que son fils était réellement revenu.

Le repas fut servi.

Pendant quelques minutes, seul le bruit des couverts troubla le silence.

Finalement, Garren posa lentement sa cuillère.

— Raconte-nous.

Vaelor releva les yeux.

Il savait que cette question finirait par arriver.

Il inspira profondément.

— Nous avons été attaqués dans la forêt, reprit Vaelor d’une voix plus basse, comme si prononcer ces mots rendait la scène plus réelle.

Sa mère s’immobilisa aussitôt. La cuillère qu’elle tenait entre ses doigts resta suspendue au-dessus de son assiette, puis elle la reposa lentement, sans quitter son fils des yeux.

— Attaqués… ? répéta-t-elle, la voix tremblante. Par quoi ?

Vaelor inspira profondément. Il sentit un poids étrange dans sa poitrine, comme si les souvenirs du véritable Vaelor tentaient de remonter à la surface.

— Je… je n’en suis pas certain, répondit-il après un court silence.

Il hésita, cherchant ses mots avec prudence.

— C’était… confus. Trop rapide.

Il serra légèrement les doigts sur ses genoux sous la table.

— Je n’ai eu qu’un instant pour le voir. Juste un instant avant que tout ne s’arrête.

Sa mère porta une main à sa bouche, les yeux déjà brillants de larmes qu’elle retenait difficilement.

Garren, lui, ne bougea pas. Mais son regard s’était durci. Le bois de la table craqua légèrement sous la pression de sa main.

— C’était immense, continua Vaelor. Rapide… et surtout… beaucoup trop puissant pour nous.

Il marqua une pause, comme s’il revivait la scène malgré lui.

— Nous avons essayé de nous défendre, ajouta-t-il plus doucement. Mais… tout est allé beaucoup trop vite.

Le silence tomba dans la pièce.

Même le feu dans l’âtre sembla crépiter plus doucement, comme s’il respectait le poids des mots.

Sa mère détourna légèrement le regard, incapable de soutenir plus longtemps cette image. Une larme finit par glisser sur sa joue.

Garren, lui, resta figé un long moment. Son regard s’était perdu dans les flammes, comme s’il cherchait à y lire quelque chose, une réponse, une vérité qu’il refusait encore d’accepter.

Puis, d’une voix grave et lente, il demanda :

— Les autres…

Il marqua une courte pause, sa mâchoire se contractant légèrement.

— Ils sont morts sur le coup ?

Vaelor baissa les yeux.

Les images revinrent immédiatement. Les cris étouffés. Le chaos. Et surtout… le silence après.

— Oui, répondit-il simplement. Ils sont tous morts.

Sa voix se brisa légèrement sur la fin de la phrase.

— Je n’ai rien pu faire.

Cette fois, plus aucun son ne remplit la pièce.

Le temps sembla s’étirer, lourd, presque douloureux.

Sa mère essuya discrètement ses larmes du revers de sa main, sans dire un mot.

Garren finit par fermer les yeux un instant. Lorsqu’il les rouvrit, son regard était plus calme… mais plus profond aussi, comme alourdi par quelque chose d’ancien.

Il hocha lentement la tête.

— Tu as eu de la chance de revenir vivant, dit-il finalement.

Il marqua une pause, puis ajouta plus doucement, presque pour lui-même :

— Ou peut-être…

Il releva légèrement les yeux vers Vaelor.

— Les dieux avaient encore quelque chose à attendre de toi.

Vaelor ne répondit pas.

Il ne savait pas quoi répondre.

Après le repas, sa mère insista pour examiner ses blessures.

Les nombreuses égratignures qu'il portait encore sur les bras et les épaules furent nettoyées avec un mélange de plantes médicinales préparé par ses soins.

L'odeur lui sembla étonnamment familière.

— De la feuille d'arnelle...

murmura-t-il presque inconsciemment.

Sa mère leva aussitôt les yeux vers lui, comme si cette simple phrase avait réveillé quelque chose de précieux en elle.

— Tu t'en souviens ?

Sa voix était douce, presque incrédule, teintée d’une émotion qu’elle ne cherchait même pas à cacher.

Vaelor resta un instant surpris, pris de court par l’intensité de son regard. Il sentit une légère pression dans sa poitrine, comme si le corps du véritable Vaelor réagissait avant même que son esprit ne comprenne.

Puis il acquiesça lentement.

— Oui...

Il hésita une seconde de plus, cherchant ses mots.

— Je crois.

Ce n’était pas un souvenir clair, mais plutôt une impression diffuse, comme une image vue à travers de l’eau. Pourtant, cela suffisait à convaincre sa mère.

Elle laissa échapper un petit souffle soulagé, puis lui adressa un sourire rempli de tendresse, un de ces sourires capables d’effacer la fatigue d’une vie entière.

— Heureusement.

Elle posa doucement sa main sur la sienne, comme pour s’assurer qu’il était bien là, réel, tangible.

— Tu reconnaissais déjà les plantes avant même de savoir lire.

Cette phrase, simple en apparence, fit naître une étrange sensation dans le cœur de Vaelor. Ce n’était pas seulement de la nostalgie. C’était plus profond, plus déroutant. Comme si deux existences se superposaient en lui sans jamais vraiment se mélanger.

Les souvenirs du véritable Vaelor continuaient de vivre en lui.

Pas comme des images complètes, mais comme des fragments persistants : des odeurs, des gestes, des voix lointaines. Et parfois, sans prévenir, ces fragments prenaient le dessus sur ses propres pensées.

Il baissa légèrement les yeux, troublé par cette dualité silencieuse.

Plus tard dans la soirée, alors que la maison s’était apaisée et que le feu du foyer avait perdu de son intensité, Garren sortit discrètement de la maison.

Le grincement léger de la porte attira immédiatement l’attention de Vaelor.

Par réflexe, il se tourna vers la fenêtre.

Il aperçut son père s’éloigner dans la pénombre, silhouette solide découpée par la lumière des lanternes du village.

Intrigué, il le suivit du regard sans bouger.

Garren entra dans la forge.

Et presque aussitôt, le silence de la nuit fut brisé.

Le bruit familier du marteau résonna dans l’obscurité.

Clang.

Clang.

Clang.

Régulier.

Méthodique.

Presque rassurant.

Toujours le même rythme.

Toujours la même précision.

Comme si, peu importe ce qui se passait dans le monde, Garren Asteran restait incapable de s’éloigner de son enclume.

Vaelor laissa échapper un léger sourire, presque imperceptible.

Même après une journée aussi éprouvante...

Même après les émotions, les questions, et les blessures encore fraîches...

Son père retournait naturellement à ce qu’il savait faire de mieux.

À ce qui le maintenait debout.

Avant d’aller se coucher, Vaelor décida de sortir quelques instants.

Il avait besoin d’air.

De silence.

De quelque chose qui n’était ni des souvenirs, ni des questions.

Le village était presque entièrement endormi.

Les rues étaient calmes, baignées par la lumière pâle des étoiles et des lanternes encore allumées ici et là.

Un ciel couvert d’étoiles s’étendait au-dessus de lui, vaste et immobile, comme s’il observait le monde sans jamais intervenir.

Il inspira profondément.

L’air était frais, légèrement humide, chargé de l’odeur de la terre et du bois.

Pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde...

Il se sentit véritablement en sécurité.

Pas totalement à sa place.

Mais en sécurité.

Et cette nuance, étrangement, suffisait.

Soudain...

Une fenêtre translucide apparut devant ses yeux.

────────────────────

Quête terminée

Retrouver votre foyer.

Récompenses :

+ 1 000 XP

Coffre Commun ×1

────────────────────

Une seconde fenêtre suivit immédiatement.

────────────────────

Souhaitez-vous ouvrir le Coffre Commun ?

【Oui】 【Non】

────────────────────

Vaelor observa longuement les deux choix qui flottaient devant lui, comme s’ils attendaient patiemment une décision qui n’appartenait qu’à lui. L’un des boutons brillait légèrement, attirant son attention avec une promesse simple et presque rassurante.

Un sourire curieux se dessina lentement sur son visage, discret mais sincère. Malgré la fatigue de la journée, malgré les émotions encore présentes dans son esprit, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme d’excitation étrange face à ce système qu’il ne comprenait pas encore totalement.

— On dirait que la journée n'est pas encore terminée...

murmura-t-il pour lui-même, comme s’il testait le goût de cette nouvelle réalité.

Il inspira doucement, puis tendit lentement la main vers l’option :

【Oui】

Mais au moment précis où son doigt allait toucher la lumière flottante, un bruit violent déchira le calme de la nuit.

BAM ! BAM ! BAM !

Les coups contre la porte furent si brusques qu’ils résonnèrent dans toute la maison, faisant vibrer légèrement les murs de bois. Le silence paisible du village sembla se briser instantanément, remplacé par une tension soudaine et oppressante.

Vaelor s’immobilisa.

Son bras resta suspendu dans les airs, figé à quelques centimètres de l’interface.

Avant même qu’il puisse réagir, une voix grave et autoritaire s’éleva depuis l’extérieur, traversant la porte comme une lame.

— Garren Asteran !

Ouvre immédiatement !

Nous venons de la Guilde des Aventuriers !

Le nom seul suffit à faire disparaître toute trace de légèreté sur le visage de Vaelor.

Son sourire s’effaça instantanément.

Son regard se durcit légèrement, tandis qu’une sensation froide lui parcourait l’échine.

La Guilde des Aventuriers.

Ce n’était pas une visite amicale.

Il le comprit instinctivement.

Dans le silence qui suivit, Vaelor baissa lentement la main, abandonnant temporairement l’interface du système.

Les deux choix restèrent suspendus dans l’air, oubliés.

Les ennuis venaient de frapper à leur porte.

Visit and read more novel to help us update chapter quickly. Thank you so much!

Report chapter

Use arrow keys (or A / D) to PREV/NEXT chapter