Le Conseil Royal venait à peine de se terminer.
Les immenses portes de la salle se refermèrent lentement derrière les cinq aventuriers.
Pendant quelques instants, personne ne parla.
Le long couloir de marbre semblait interminable.
Seuls leurs pas résonnaient dans le silence.
Borik fut finalement le premier à souffler.
— Je préfère encore affronter des monstres que parler devant autant de nobles...
Quelques rires discrets détendirent immédiatement l'atmosphère.
Même Kael esquissa un sourire.
— Tu t'en es pourtant bien sorti.
— Parce que je n'ai presque rien dit.
Lyria leva légèrement les yeux au ciel.
— C'était probablement la meilleure stratégie.
Borik éclata franchement de rire.
Cette fois, même Frère Eamon se permit un léger sourire.
Après plusieurs jours de tension permanente...
Le groupe retrouvait enfin un peu de légèreté.
À la sortie du palais, le commandant Alaric les attendait.
Il observait tranquillement les jardins royaux.
Lorsqu'il les aperçut, il s'avança vers eux.
— Le roi est satisfait de votre rapport.
Kael inclina légèrement la tête.
— Merci.
Alaric resta quelques instants silencieux.
Son regard se perdit un instant dans le couloir vide, comme s’il évaluait encore les conséquences de ce qu’ils venaient d’accomplir. Le palais, pourtant vivant quelques minutes plus tôt, semblait désormais suspendu dans une étrange quiétude.
Puis il reprit.
— Vous serez libres pendant quelques jours.
La Guilde royale prendra ensuite le relais concernant Astrion.
Il regarda chacun des aventuriers.
— En revanche...
Il marqua une courte pause.
Le silence devint plus dense, presque palpable.
— J’ai une demande particulière.
Tous relevèrent les yeux.
L’atmosphère changea immédiatement. Ce n’était plus une simple annonce administrative. Le ton du commandant indiquait quelque chose de plus personnel, de plus inhabituel.
Son regard s’arrêta sur Vaelor.
— Accompagne-moi.
Le jeune homme resta légèrement surpris.
Il cligna des yeux, comme s’il s’attendait à une erreur.
— Moi ?
Le mot lui échappa sans qu’il puisse le retenir. Il n’y avait ni refus ni acceptation, seulement une incompréhension sincère.
— Oui.
La réponse d’Alaric fut immédiate, sans hésitation.
Kael adressa un regard interrogateur au commandant, les sourcils légèrement froncés.
— Est-ce grave ?
Son ton était posé, mais on y sentait une vigilance naturelle. Après tout ce qu’ils avaient traversé, chaque demande inhabituelle pouvait cacher une nouvelle menace.
— Non.
Alaric secoua doucement la tête.
Le geste était lent, presque apaisant.
— C’est simplement une affaire personnelle.
Il ne développa pas davantage, laissant volontairement planer le mystère.
Quelques minutes plus tard...
Ils traversaient ensemble les quartiers nobles de la capitale.
Contrairement au centre-ville, les rues étaient ici beaucoup plus calmes.
Les demeures étaient immenses.
Des jardins parfaitement entretenus entouraient chaque propriété.
Vaelor observait silencieusement les environs.
— Nous ne retournons pas à la Guilde ?
— Non.
Le commandant continua d'avancer.
— Nous allons voir quelqu'un.
Le jeune aventurier n'insista pas.
Après une vingtaine de minutes de marche, ils s'arrêtèrent devant une maison étonnamment modeste.
Elle n'avait rien d'un palais.
Ni même d'une demeure de noble.
Un simple jardin.
Quelques arbres.
Une vieille clôture de pierre.
Alaric frappa doucement.
Quelques instants plus tard...
La porte s'ouvrit.
Un vieil homme apparut.
Ses cheveux étaient entièrement blancs.
Son dos légèrement voûté.
Mais son regard...
Restait incroyablement vif.
Lorsqu'il aperçut Alaric, il esquissa un léger sourire.
— Voilà longtemps.
Puis son regard se posa sur Vaelor.
Le sourire disparut aussitôt.
Le vieil homme resta parfaitement immobile.
Pendant plusieurs longues secondes.
Comme s'il venait de reconnaître quelqu'un.
Vaelor sentit immédiatement ce changement.
L'ancien s'approcha lentement.
Très lentement.
Puis s'arrêta juste devant lui.
Ses yeux observaient chaque détail de son visage.
Puis...
Son regard descendit jusqu'à l'épée impériale.
Cette fois...
Il inspira brusquement.
— Cette épée...
Sa voix tremblait légèrement.
Il tendit une main hésitante.
Sans toucher l'arme.
Seulement pour la regarder de plus près.
Vaelor fronça légèrement les sourcils.
— Vous la connaissez ?
Le vieil homme resta silencieux.
Longtemps.
Puis il leva lentement les yeux vers Alaric.
— C'est donc vrai...
Le commandant acquiesça simplement.
— Astrion est tombée.
Le vieil homme ferma les yeux.
Un profond soupir lui échappa.
— Huit siècles...
Huit siècles...
Et ils auront tenu jusqu'au bout...
Une émotion sincère traversa son visage.
Pas de la tristesse.
Plutôt...
Du respect.
Il ouvrit finalement la porte.
— Entrez.
L'intérieur de la maison ressemblait davantage à une bibliothèque qu'à une habitation.
Des centaines d'ouvrages occupaient les murs.
Des cartes anciennes étaient soigneusement rangées sur plusieurs tables.
Au centre de la pièce...
Une immense carte du continent était suspendue.
Le vieil homme invita les deux visiteurs à s'asseoir.
Puis il servit calmement trois tasses de thé.
Personne ne parla pendant quelques instants.
Enfin...
Le vieil homme rompit le silence.
— Je me présente.
Il inclina légèrement la tête.
— Edwin Lorenthal.
Archiviste royal.
Vaelor salua respectueusement.
— Enchanté.
Edwin esquissa un léger sourire.
— Je crois que c'est plutôt moi qui suis honoré.
Son regard revint une nouvelle fois sur l'épée impériale.
— Peu d'hommes peuvent dire qu'ils ont vu cette arme.
Il posa doucement sa tasse.
— Et encore moins qu'ils l'ont portée.
Vaelor sentit immédiatement sa curiosité grandir.
— Savez-vous à qui elle appartenait ?
Edwin hocha lentement la tête.
— Oui.
Il marqua une courte pause.
— Mais cette histoire...
Il observa quelques instants la pluie fine qui commençait à tomber derrière la fenêtre.
Puis reprit d'une voix plus grave.
— Mérite qu'on prenne le temps de la raconter.
Le silence revint.
Vaelor sentit son cœur accélérer légèrement.
Depuis son arrivée dans ce monde...
Pour la première fois...
Quelqu'un semblait réellement connaître le passé de cette épée.
Et peut-être...
Une partie du véritable passé d'Astrion.
La pluie continua doucement de tomber sur les vitres.
Comme si le monde lui-même attendait le début de cette histoire oubliée.
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