Le système d'ascension

Chapitre 63 — Les 9 Forteresses

Le silence s'était installé après les dernières paroles d'Edwin.

Personne ne semblait vouloir le briser.

Les flammes de la cheminée crépitaient doucement, projetant leurs reflets orangés sur les vieux parchemins éparpillés autour de la grande table.

Vaelor gardait les yeux fixés sur la carte.

9 Forteresses-Noyaux.

9 lieux construits pour empêcher les créatures du Néant de revenir.

Il finit par relever lentement la tête.

— Que sont devenues les 8 autres ?

Edwin joignit calmement les mains devant lui.

— C'est précisément ce que nous ignorons.

Il se leva.

Puis s'approcha d'une grande armoire de chêne qui occupait tout un pan de mur.

Après quelques instants de recherche, il en sortit un lourd registre relié de cuir noir.

Il le déposa avec précaution sur la table.

Une fine couche de poussière s'en échappa.

— Ceci est l'un des derniers registres impériaux conservés dans les archives royales.

Il ouvrit lentement le volume.

Les pages étaient fragiles.

Certaines presque effacées.

D'autres couvertes de notes écrites par plusieurs générations d'archivistes.

Edwin tourna plusieurs pages.

Puis s'arrêta.

— Voilà.

Il orienta le registre vers Vaelor.

Au centre figurait une ancienne carte.

Autour d'elle...

9 noms.

Astrion.

Solkar.

Nereth.

Val-Kar.

Ilyss.

Morn-Tar.

Khaeros.

Belthar.

Et...

Une dernière forteresse dont le nom était devenu totalement illisible.

Vaelor parcourut lentement la liste.

— Vous connaissez leur emplacement ?

Edwin secoua doucement la tête.

— Seulement quelques-uns.

Il posa un doigt sur Astrion.

— Celle-ci est désormais détruite.

Puis sur un autre nom.

— Solkar...

Disparue il y a plus de cinq siècles.

Il poursuivit.

— Belthar.

Plus personne ne sait où elle se trouvait.

Il marqua une pause.

— Quant aux autres...

Leur existence elle-même est aujourd’hui considérée comme une légende, au point que même les érudits les plus anciens hésitent à les mentionner sans douter de leur propre mémoire.

Le jeune aventurier resta pensif, le regard perdu sur les lignes du registre comme s’il espérait y voir apparaître des réponses supplémentaires.

Le Royaume avait oublié.

Les archives s’étaient perdues.

Les générations avaient effacé les traces, volontairement ou non, jusqu’à transformer des lieux réels en simples mythes transmis à voix basse.

Et pourtant...

Quelqu’un semblait aujourd’hui rechercher ces forteresses.

Ce n’était certainement pas un hasard.

Alaric croisa lentement les bras, son expression se durcissant légèrement.

— Les hommes que nous avons affrontés...

Croyez-vous qu’ils cherchent eux aussi ces Forteresses ?

Edwin acquiesça sans hésiter, comme si la question ne faisait que confirmer une certitude déjà ancrée en lui.

— J’en suis convaincu.

Il referma doucement le registre, le cuir ancien émettant un léger craquement sous la pression de ses mains.

— Ils savaient exactement où se trouvait Astrion.

Ils avaient installé un camp permanent, organisé, structuré. Rien n’était laissé au hasard.

Ils attendaient.

Comme s’ils savaient que quelque chose finirait par se réveiller.

Le vieil archiviste s’approcha ensuite de la fenêtre, les mains croisées dans le dos.

Il observa quelques instants les jardins royaux, paisibles en apparence, contrastant violemment avec les révélations qu’ils venaient d’entendre.

Puis reprit, d’une voix plus basse.

— Une telle organisation ne s’improvise pas.

Elle existe probablement depuis plusieurs années.

Peut-être davantage.

Des réseaux, des relais, des informateurs… quelque chose de profondément enraciné.

Vaelor fronça légèrement les sourcils, sentant le poids de cette idée s’alourdir dans son esprit.

— Dans quel but ?

Edwin répondit sans quitter la fenêtre des yeux, comme s’il craignait que prononcer ces mots trop clairement ne les rende plus réels encore.

— Ouvrir les sceaux.

La réponse était simple.

Terriblement simple.

Et c’était précisément ce qui la rendait si inquiétante.

Le jeune aventurier sentit un léger frisson lui parcourir l’échine, comme si l’air de la pièce venait soudain de se refroidir.

Le roi, resté silencieux jusqu’à présent, leva lentement les yeux vers Edwin.

Son regard était grave, pesant, chargé d’une autorité qui ne laissait aucune place à l’hésitation.

— Si tout cela est exact...

Il marqua une courte pause, laissant ses mots s’imprimer dans l’esprit de chacun.

— Alors nous ne protégeons plus seulement notre royaume.

Ses doigts se refermèrent doucement sur l’accoudoir de son siège, avec une tension contenue.

— Nous protégeons l’équilibre de tout le continent.

Un silence profond s’abattit sur la salle.

Personne n’osa répondre.

Les paroles du souverain donnaient soudain une dimension bien plus vaste, presque écrasante, à tout ce qu’ils venaient d’apprendre.

— Edwin.

Le vieil homme se retourna immédiatement.

— Selon toi...

Combien de personnes connaissent encore cette histoire ?

L’archiviste réfléchit quelques secondes, comme s’il pesait chaque mot avec une extrême prudence.

— Très peu.

Il marqua une pause.

— Vous.

Moi.

Quelques érudits royaux triés sur le volet.

Et désormais...

Il tourna lentement les yeux vers Vaelor, comme pour souligner le poids de ce qui venait de lui être révélé.

— Les survivants d’Astrion.

Le roi acquiesça lentement, le regard assombri par la gravité de la situation.

— Cela signifie une chose.

Il posa ses deux mains sur la table, s’appuyant légèrement en avant.

— Cette information ne doit pas quitter cette salle.

Le ton était ferme, sans appel.

Personne ne protesta.

Après quelques instants de réflexion, Vaelor posa une nouvelle question.

— Le Général...

Il parlait comme s'il connaissait déjà notre époque.

Comment est-ce possible ?

L'archiviste esquissa un léger sourire.

— Excellente question.

Il revint s'asseoir.

— En réalité...

Le Général n'était plus vraiment vivant.

Le silence retomba.

Edwin poursuivit calmement.

— Les Veilleurs.

Le Général.

Et probablement tous les gardiens des Forteresses...

N'étaient maintenus en existence que grâce au Noyau.

Il posa doucement la main sur le vieux registre.

— Ils ne vieillissaient plus.

Ils n'étaient plus véritablement des hommes.

Mais ils conservaient leurs souvenirs.

Leur mission.

Et leur volonté.

Frère Eamon murmura doucement :

— Ils ont sacrifié toute leur existence...

Pour protéger un monde qui finirait par les oublier.

Personne ne trouva quoi répondre.

En quittant la bibliothèque royale, Vaelor jeta un dernier regard vers l'immense carte.

9 Forteresses.

Huit existaient encore dans les anciens registres.

Certaines avaient probablement été détruites au fil des siècles.

D'autres avaient été totalement oubliées.

Et plusieurs demeuraient encore introuvables.

Mais si une seule d'entre elles tombait entre de mauvaises mains...

Alors Astrion ne serait plus qu'un simple avertissement.

Et cette fois...

Ce ne serait plus seulement le royaume qui en paierait le prix.

Ce serait tout le continent.

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