Le système d'ascension

Chapitre 65 — Les rues de la capitale

Le soleil brillait déjà haut dans le ciel lorsque Vaelor quitta la Guilde royale.

Le contrat soigneusement rangé dans sa sacoche, il ne se dirigea pas immédiatement vers les anciens égouts.

Au contraire.

Il ralentit volontairement le pas.

Il voulait d'abord découvrir la capitale.

Les rues étaient bien plus larges que celles d'Aster.

Des pavés parfaitement alignés recouvraient les grandes avenues, où circulaient sans interruption marchands, artisans, nobles et aventuriers. Les bâtiments s'élevaient sur plusieurs étages, leurs façades de pierre sculptée témoignant de la richesse de la cité. De longues bannières aux couleurs du royaume flottaient entre les maisons, animées par une légère brise.

Partout où son regard se posait, quelque chose attirait son attention.

Des boutiques spécialisées dans la magie, dont les vitrines étaient protégées par de fines barrières lumineuses, laissaient entrevoir des artefacts qui pulsaient doucement d’énergie. Certaines runes flottaient dans l’air, tournant lentement comme si elles respiraient. Vaelor s’arrêta même un instant devant une enseigne où un simple cristal suspendu changeait de couleur selon la lumière du soleil.

Des armureries exposaient des équipements qu'il n'avait jamais vus. Des armures légères renforcées de plaques enchantées, des lames gravées de symboles anciens, et même des boucliers capables de se replier comme du tissu. Chaque pièce semblait avoir été conçue pour un usage précis, presque chirurgical, loin des équipements plus rustiques qu’il connaissait.

Des librairies immenses s’étendaient sur plusieurs étages, avec des escaliers en colimaçon et des échelles mobiles permettant d’atteindre les rayonnages les plus hauts. À travers les fenêtres ouvertes, on apercevait des étudiants absorbés dans des grimoires aussi épais que des briques, certains entourés de notes flottantes qu’ils réorganisaient d’un simple geste de la main.

Des tavernes déjà pleines malgré l'heure matinale résonnaient de rires et de discussions animées. L’odeur du pain chaud et de la viande grillée s’échappait jusque dans la rue, attirant même les passants les plus pressés. On y voyait des aventuriers encore couverts de poussière de mission côtoyer des marchands en costume élégant, tous partageant la même table sans distinction.

Même les habitants semblaient différents.

Ils marchaient vite.

Comme si chacun poursuivait un objectif précis, une mission invisible dictée par le rythme de la capitale elle-même. Personne ne traînait inutilement, personne ne semblait perdu. Même les enfants avaient cette assurance étrange, comme s’ils avaient déjà un rôle à jouer dans cette immense mécanique urbaine.

Vaelor observait tout.

Sans se presser.

Il enregistrait chaque détail, chaque mouvement, chaque différence avec les villes qu’il connaissait. Cette capitale n’avait rien d’ordinaire. Elle respirait la puissance, l’organisation… et quelque chose de plus profond encore, une impression de destin collectif.

« Une ville comme celle-ci... »

« On pourrait y passer des années sans tout découvrir. »

Au détour d'une grande place, il aperçut une foule rassemblée autour d'un homme.

Intrigué, il s'approcha.

Au centre se tenait un conteur.

Ses cheveux blancs étaient attachés en une longue queue, et une vieille cape élimée tombait sur ses épaules. Malgré son âge, sa voix portait loin, captivant aussi bien les enfants que les adultes.

— Approchez !

Approchez !

Aujourd'hui, je vais vous raconter l'histoire des Sept Dragons Célestes !

Quelques enfants applaudirent immédiatement, les yeux brillants d'excitation, tandis que d'autres se rapprochaient pour ne rien manquer du récit.

Le vieil homme commença son histoire avec un enthousiasme presque théâtral, levant les bras comme pour invoquer lui-même les cieux.

— Il y a bien longtemps, bien avant la fondation des royaumes actuels, le monde était dominé par sept dragons d'une puissance inégalée...

Sa voix changea légèrement, devenant plus grave, plus solennelle.

Il décrivit des créatures gigantesques, chacune liée à un élément primordial : le feu, l'eau, le vent, la terre, la lumière, les ténèbres et le tonnerre. Selon lui, ces dragons ne se contentaient pas de vivre dans le monde... ils en étaient les gardiens, maintenant l'équilibre entre les forces qui menaçaient de le détruire.

Les enfants retenaient leur souffle à chaque phrase.

Certains ouvraient grand la bouche, imaginant des cieux déchirés par des ailes colossales ou des montagnes réduites en poussière d'un simple rugissement.

Vaelor, lui, resta quelques instants à écouter sans bouger.

Il savait que les légendes mélangeaient souvent réalité et imagination.

Les conteurs exagéraient, transformaient, embellissaient.

Mais il avait appris avec le temps que même les histoires les plus irréalistes pouvaient cacher une part de vérité, un fragment d'événement ancien déformé par les siècles.

Et dans un monde comme celui-ci...

Il n'était pas impossible que certaines créatures anciennes aient réellement existé.

Après quelques minutes, alors que le conteur poursuivait son récit en décrivant la chute mystérieuse des dragons et leur disparition soudaine du monde, Vaelor détourna doucement le regard.

Il ajusta légèrement sa sacoche, puis reprit tranquillement sa route, laissant derrière lui la voix du vieil homme et les rêves émerveillés des enfants.

Plus loin, une immense bâtisse attira son attention.

Au-dessus de la porte était gravée une simple inscription.

Académie Royale de Magie.

Des dizaines de jeunes gens entraient et sortaient du bâtiment.

Certains portaient déjà de longues robes d'étudiants.

D'autres tenaient des livres épais contre eux.

Vaelor s'arrêta quelques instants.

Il observa les lieux en silence.

« Un jour... »

« J'aimerais comprendre la magie de ce monde. »

Une pensée simple.

Mais sincère.

Puis il continua son chemin.

Quelques rues plus loin, il arriva dans le quartier des artisans.

L'ambiance y était complètement différente.

Le bruit des marteaux résonnait partout.

Les odeurs de charbon, de cuir et de métal chauffé emplissaient l'air.

Par réflexe...

Ses pas le conduisirent devant une immense forge.

L'enseigne indiquait :

Forge Royale Durnham.

Plusieurs forgerons travaillaient simultanément autour de différents foyers.

Vaelor observa leurs gestes.

Leur technique.

Leur organisation.

Il remarqua immédiatement certaines différences avec Marcus.

Ici...

Tout semblait pensé pour produire vite.

Très vite.

Les apprentis transportaient le métal d'un atelier à l'autre sans interruption.

Chaque ouvrier répétait toujours la même tâche.

Une véritable chaîne de fabrication.

« Père travaillerait autrement... »

Marcus recherchait la perfection.

Ici...

Ils recherchaient le rendement.

Aucun des deux n'avait réellement tort.

Ils répondaient simplement à des besoins différents.

Un vieux forgeron remarqua qu'il observait attentivement.

— Tu t’intéresses au métier ?

Vaelor acquiesça légèrement, son regard toujours attiré par les flammes de la forge et les gestes précis des artisans.

— Mon père est forgeron.

Le vieil homme marqua une courte pause, comme s’il évaluait cette information avec un intérêt nouveau. Un sourire se dessina lentement sur son visage marqué par les années.

— Alors tu as de la chance.

Il désigna d’un mouvement de tête l’intérieur de la forge, où le métal rougeoyant était martelé avec une régularité presque musicale.

— Les meilleurs maîtres restent souvent ceux qui enseignent dans leur propre atelier. Ici, chaque coup de marteau a un sens. Chaque erreur se paie immédiatement.

Il laissa échapper un petit rire rauque avant de reprendre son travail, comme si la conversation n’avait été qu’une parenthèse dans une journée déjà bien remplie.

Vaelor observa encore un instant les forgerons à l’œuvre. Le bruit du métal, la chaleur intense, l’odeur du charbon brûlé… tout cela lui rappelait étrangement l’atelier de Marcus, mais en plus vaste, plus organisé, presque mécanique.

Il inclina légèrement la tête en signe de respect, puis reprit sa marche, laissant derrière lui la forge et ses flammes, avec une pensée pour son père et les leçons qu’il lui avait déjà transmises sans même s’en rendre compte.

Le quartier suivant était beaucoup plus calme.

Une immense bibliothèque dominait toute une place.

Des étudiants allaient et venaient sans interruption.

Plus loin encore...

Il découvrit un vaste jardin public.

Des familles s'y promenaient tranquillement.

Des enfants jouaient autour d'une fontaine monumentale.

Pendant quelques instants...

Il oublia complètement les anciennes forteresses.

Les créatures du Néant.

Les hommes masqués.

La guerre.

Il n'était plus qu'un simple jeune homme découvrant une immense ville.

Et cette sensation lui fit du bien.

Alors qu'il traversait un petit marché, une voix l'interpella.

— Hé !

Attention !

Vaelor se retourna juste à temps.

Un jeune garçon venait de heurter un marchand en courant.

Une dizaine de pommes roulèrent immédiatement sur le sol.

Sans réfléchir, Vaelor se baissa.

Il ramassa rapidement les fruits avant qu'ils ne soient piétinés.

Le marchand souffla de soulagement.

— Merci beaucoup.

Le jeune garçon, tout rouge, revint aussitôt.

— Pardon, monsieur...

Je regardais derrière moi.

Le marchand secoua doucement la tête.

— Fais simplement plus attention la prochaine fois.

L'enfant acquiesça vivement.

Puis il repartit.

Le commerçant observa Vaelor quelques secondes.

— Vous êtes aventurier ?

— Oui.

— Ça se voit.

Vous avez de bons réflexes.

Vaelor sourit discrètement.

— Ils servent aussi en dehors des combats.

Le marchand éclata de rire.

— Voilà une bonne façon de voir les choses.

Avant qu'il ne reparte, il lui tendit une pomme.

— Prenez.

C'est pour vous remercier.

Vaelor hésita.

Puis accepta.

— Merci.

Le soleil avait déjà commencé à descendre lorsque Vaelor consulta enfin son contrat.

Il leva les yeux.

Les anciens égouts royaux se trouvaient dans le vieux quartier sud.

Il replia soigneusement le parchemin.

« J'ai assez visité pour aujourd'hui. »

« Il est temps de travailler. »

Il ajusta sa sacoche.

Puis prit calmement la direction de sa première véritable mission dans la capitale.

Sans le savoir...

Cette simple mission de cartographie allait bientôt lui faire découvrir une autre facette de la cité royale.

Une facette...

Que très peu d'habitants soupçonnaient encore.

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